La main fera signe que vous êtes des imbéciles, vous prendra par le bras et vous jettera à la porte.
Quand vous serez dans la rue, vous pourrez reprendre la route de Paris, si bon vous semble, à moins que vous ne préfériez déchiffrer les inscriptions laissées par le roi Gustasp, il y a trois mille ans, sur les murs de son palais dont on voit les ruines à Samarcande.
Ici vous me demanderez peut-être à quoi sert un si long voyage, puisque, après tout, vous ne comprenez pas la langue du vieil Alcofribas.
Mes enfants, vous êtes trop aimables pour que je ne vous dise pas la vérité tout entière.
A quoi servent toutes les choses de ce monde? A passer, ou, si vous voulez, à tuer le temps, jusqu'à ce que nous allions tous ensemble en paradis.
Il y a des gens qui ont fait sept ou huit fois le tour du monde, et qui n'avaient pas d'autre but que de voir plus tôt le terme des soixante ans de vie dont le ciel leur avait fait présent.
Croyez-vous que ce ne soit rien que d'avoir vu Strasbourg, Vienne, Constantinople, Damas, Bassorah, les Portes de fer, Samarcande et la main du vieil Alcofribas?
Ce voyage ne peut pas durer, aller et retour, moins d'une année.
C'est toujours une année pendant laquelle vous avez eu un désir violent, une vraie passion, c'est-à-dire ce qui fait vivre et soutient les hommes; car, faibles créatures que nous sommes, nous n'avons en nous-mêmes aucun principe de vie.
Tout nous vient du dehors, et Dieu l'a voulu ainsi, pour que nous eussions sans cesse recours à lui.