—Comment donc? demanda Pierrot.

—C'est à moi que tu dois les mépris de la belle Bandoline. M'en sais-tu mauvais gré?

—Par tous les saints du paradis! s'écria joyeusement Pierrot, je ne sais ce que j'aurais pensé hier de votre confidence. Aujourd'hui, elle me comble de joie.

—Tant mieux, Pierrot, c'est signe que tu es bien guéri. Je lis dans l'avenir, et je devine aisément ce que, d'après son caractère, tout homme doit faire un jour, et s'il sera heureux ou malheureux. C'est une branche de ce grand art de la divination que je t'ai montré, et que tu n'as pas compris parce qu'il exige des études profondes, un grand dévouement à la science, une vie isolée et une grande expérience du monde. La différence qu'il y a sur ce point entre les hommes et les génies, c'est que les hommes ne peuvent savoir qu'après trois cent quarante ans de travaux continuels ce que nous savons, nous, dès notre naissance et par intuition.

—Vous êtes bien heureuse d'être si savante, dit Pierrot en soupirant.

—Heureuse! dit la fée. Crois-tu qu'on soit heureux de prévoir l'avenir? Ah! malheureux enfant, que le ciel te préserve de ce bonheur et de cette science!

—Quelle raison aviez-vous, dit Pierrot, de m'empêcher d'être aimé de la princesse?

—Une raison admirable, Pierrot: c'est que tu ne l'aimais pas toi-même, et qu'après quinze jours de mariage vous auriez fait un ménage détestable. Elle est orgueilleuse et fille de roi; elle t'aurait vanté sa supériorité; tu es fier et peu endurant, tu l'aurais maltraitée....

—Oh! dit Pierrot.

—En paroles, ami; mais, pour les gens délicats, les paroles sont des gestes. Elle se serait plainte à son père qui t'aurait fait couper le cou.