—Oh! oh! dit Pierrot, il aurait bien demandé la permission.
—Sans doute, et comme tu es le plus fort, tu l'aurais détrôné, mis en prison, tué peut-être; tu te serais débarrassé de ta femme et tu aurais été roi de la Chine.
—Ce qui n'est pas à dédaigner, dit Pierrot pensif.
—Et tu aurais ainsi commis deux ou trois crimes pour satisfaire ta vanité!
—Vous avez raison, marraine, dit Pierrot, et vous me parlez comme si vous lisiez dans ma conscience. Mais est-ce que les choses n'auraient pas pu se passer autrement? Ne pouvais-je être heureux avec cette belle dédaigneuse?
—Supposons, dit la fée, qu'il n'y eût pas de sang versé; supposons que Bandoline eût fait de grands efforts pour te plaire et plier son humeur à la tienne, quelle conduite crois-tu qu'elle aurait tenue avec tes parents? Car tu pensais, sans doute, à vivre avec ton père et ta mère?
—Sans doute, dit Pierrot, qui n'y avait jamais pensé.
—Vois-tu d'ici la belle Bandoline pleine de respect et de déférence envers tes vieux parents, envers sa belle-mère, une meunière, et son beau-père, le vieux meunier! Je disais, Pierrot, que vous n'auriez pas vécu quinze jours ensemble; c'est deux jours que je devais dire.
—O marraine sage et charmante! s'écria Pierrot, aidez-moi toujours de vos conseils, car désormais je ne veux rien faire de moi-même, et je me ferai gloire de vous obéir. Mais quoi! toutes les femmes sont-elles aussi dédaigneuses, et faut-il que j'aime une meunière si je veux vivre heureux avec mes parents?
—Il y a des femmes de toutes les espèces, dit la fée, comme il y a des hommes de toutes les couleurs. Ce serait une grande erreur de croire que tous les hommes sont blancs, noirs, rouges ou jaunes, et une grande injustice de dire que toutes les femmes sont parleuses, méchantes, médisantes, vaniteuses et occupées d'elles-mêmes et de leurs chiffons du matin jusqu'au soir. On en trouve aussi, et beaucoup, qui sont bonnes, discrètes, attachées à leur maison, à leur mari et à leurs enfants; ta mère, par exemple, n'est-elle pas de ce nombre?