—Oh! dit Pierrot, y a-t-il une meilleure femme et une meilleure mère?
—Il n'y en a pas de meilleure, Pierrot, mais il y en a d'aussi bonnes. Ne souhaites-tu pas d'en trouver une de cette espèce?
—Si je le souhaite, grand Dieu! c'est la première chose que je demande au ciel tous les matins.
—Cherche et tu trouveras, dit la fée.
Tout en causant, nos deux voyageurs avaient fait beaucoup de chemin. La conversation changea de sujet. La fée se plut à instruire Pierrot de ses devoirs envers lui-même et envers les autres hommes, et lui dit sur ce sujet de si belles choses, que si vous les aviez entendues, ô mes amis! vous voudriez n'entendre jamais d'autre discours.
Malheureusement, la langue des hommes, si riche pour répandre le mensonge, est pauvre en vérités, et dans la crainte de ne pas vous répéter dignement cette conversation, je n'en dirai pas un mot. Qu'il vous suffise de savoir que Pierrot, jusqu'alors gâté par le succès et fort enorgueilli de son mérite, comprit pour la première fois qu'il n'était qu'une créature faible et bornée, ignorante et portée au mal; qu'il eut honte de lui-même et de son égoïsme, et qu'il se promit de devenir un modèle pour tous les hommes nés ou à naître. Au reste, vous vous imaginez assez, sans qu'il soit nécessaire d'entrer dans le détail des choses, ce que devaient être les enseignements d'une fée qui était la propre fille du sage roi des génies, le grand Salomon.
Pierrot était ravi de joie.
—Ah! marraine, disait-il souvent, si tous les prédicateurs vous ressemblaient, que la vertu serait aimable! Mais ils sont, pour la plupart, si ennuyeux, si pédants, si gourmés, si roides! Ils mettent tant de latin dans leurs discours, et ils s'inquiètent si peu de se faire comprendre, qu'on ne peut pas s'empêcher de bâiller en les écoutant, et d'attendre avec impatience qu'ils aient fini leur sermon. Vous, au contraire, chère marraine, vous causez si bien, vous contez d'une façon si intéressante, vous avez un visage si beau et si doux, que rien qu'à vous regarder on se sent attiré vers vous, et qu'en vous écoutant on croit entendre la céleste musique que les anges font devant le trône du Seigneur.
La fée Aurore sourit.
—Mon ami, dit-elle à Pierrot, pourquoi exiger des autres hommes une perfection qui n'est pas dans la nature? S'ils étaient tous beaux et bons, bienfaisants et aimables, quelle peine aurais-tu à être vertueux parmi eux? Avant de juger ton prochain, connais-toi toi-même. Par exemple, tu es le premier ministre du roi Vantripan, et tu exerces en son nom l'autorité suprême; dis-moi, je te prie, as-tu jamais songé à faire le bonheur de tes semblables et à mettre à leur service la grande puissance que tu as reçue de Dieu?