—Attrape, dit tout bas la fée Aurore qui venait de rejoindre son filleul.

—Puisque personne n'ose se joindre à moi, dit Pierrot, j'irai seul chez ce gouverneur si redouté, et il m'entendra. Quelles sont vos plaintes?

—Nous nous plaignons, dit le vieillard qui avait déjà parlé, de recevoir trop de coups de bâton et pas assez de rations de riz. On nous prend notre thé de force et à bas prix, et on nous le vend dix fois plus cher. On nous fait payer un impôt sur la laine et le coton qui font nos habits, un autre sur le fil qui les coud, un autre sur les aiguilles, un autre sur la doublure et un autre pour la permission de les coudre. Encore tout cela n'est rien; mais tous ces impôts réunis devraient produire dix millions à peine, et ils en produisent trente par la cruelle industrie des receveurs, douaniers, péagers, mandarins et gouverneurs, dont chacun veut prélever son bénéfice proportionné à son grade et au cas qu'il fait de son importance.

—En effet, dit Pierrot, cela est fâcheux.

—Fâcheux! seigneur pèlerin, dites que cela est mortel; déjà nous ne pouvons plus nous vêtir et nous avons peine à nous nourrir.

—Prenez patience, dit Pierrot, avant la fin de la journée vous aurez justice.

—Est-ce un Dieu? disait-on, ou bien est-ce un fou qui fait le grand seigneur?

—Sur ces entrefaites, un officier, suivi d'une troupe de soldats, saisit Pierrot par le bras.

—Suis-nous sur-le-champ, dit-il.

—Où?