—Au palais du gouverneur.
—J'y allais.
—Tant mieux, tu expliqueras ton affaire. Ah! coquin, tu mets un receveur et un douanier en prison; tu usurpes notre emploi; tu te mêles de rendre la justice!...
A chaque mot il joignait une bourrade, et ses soldats, voyant Pierrot sans défense, lui donnaient de grands coups dans le dos avec le bois de leurs lances.
—Pardieu! se dit Pierrot, j'ai bien envie d'en faire justice sur-le-champ; mais patience, j'ai promis à la fée Aurore d'attendre jusqu'au bout.
On le mena dans cet équipage jusqu'au palais du gouverneur. Une foule immense le suivait, riant de la folie de cet homme qui promettait un moment auparavant de lui faire rendre justice, et qu'on allait pendre sans forme de procès.
Pierrot fut mis dans une cour brûlée par un soleil ardent. On lui ôta son bonnet. Sous ce climat, la chaleur est insupportable. Pierrot demanda à boire. Les soldats se moquèrent de lui et lui jetèrent de la poussière. Il avait les fers aux pieds et aux mains.
—J'ai soif, dit une seconde fois Pierrot.
—Tu n'attendras pas longtemps, dit l'officier, le pal est prêt. Tu boiras dans l'autre monde.
Enfin le gouverneur parut.