—C'est toi, misérable, dit-il, qui as battu hier le mandarin, qui as jeté aujourd'hui le receveur et le douanier dans un cachot, et qui promettais tout à l'heure à ce peuple justice contre moi?

—Oui, seigneur, dit humblement Pierrot; et il raconta ce qui s'était passé.

Avant qu'il fût à la moitié de son récit:

—C'est bien, dit le gouverneur, qu'on l'empale.

—Quoi, seigneur, dit douloureusement Pierrot, n'y a-t-il pas de grâce à espérer?

Cette fois, le gouverneur ne daigna pas même répondre et fit signe qu'on exécutât ses ordres.

Tout à coup, Pierrot, roidissant ses poignets et ses jambes, cassa ses fers et les jeta à la figure du gouverneur, dont le nez enfla et saigna abondamment. Tous les soldats se précipitèrent sur lui. Pierrot prit la lance de l'un d'eux, l'enfonça dans le corps du premier, du second, du troisième et du quatrième, et ficha la lance en terre.

—Vous ne savez pas empaler, dit-il; mes amis, voilà comment on s'y prend.

Tous les soldats prirent la fuite; le gouverneur resta seul avec la foule, qui battait des mains en reconnaissant son héros de la veille.

Otant alors son manteau de laine, Pierrot parut en costume de cour.