—Seigneur, dit un autre bourgeois, il a fait empaler mon père.
—Pourquoi?
—Parce que mon père, trop pauvre, ne pouvait payer l'impôt, ni l'amende à laquelle il l'avait condamné.
—Est-ce vrai? dit Pierrot.
—Seigneur, je l'avoue. Notre grand roi Vantripan avait si grand besoin d'argent pour faire la guerre aux Tartares!
Beaucoup d'autres se présentèrent. Les uns avaient eu les yeux crevés, d'autres les oreilles coupées. Le front de Pierrot se rembrunit.
—Je voulais, dit-il, que mon premier acte d'autorité fût un acte de clémence. C'est impossible! La clémence envers l'oppresseur est une cruauté envers l'opprimé. Qu'on l'empale!
Ce qui fut fait aux applaudissements de la foule. Mais les bravos devinrent éclatants et unanimes quand Pierrot ajouta:
—A l'avenir, quiconque aura fait donner des coups de bâton à un Chinois en recevra lui-même le triple, dût-il en mourir. Quiconque aura mis un Chinois en prison, sauf le cas de condamnation légale, sera mis lui-même en prison autant de mois que le plaignant y aura resté de jours. Quiconque aura condamné à mort et fait exécuter un Chinois, sans ma permission, sera lui-même empalé.
Ayant proclamé ces belles, sages et magnifiques ordonnances, comme les qualifie le vieil Alcofribras, dont je traduis ici les chroniques, Pierrot quitta Nankin en compagnie de la fée Aurore.