Pierrot n'en pouvait croire ses yeux. Il prit un bateau et se fit conduire à cette barque amirale. Un seul matelot la gardait; les autres étaient à terre attendant l'arrivée de Son Excellence le seigneur amiral. Pierrot se fit conduire au palais dudit seigneur et fut introduit après trois heures d'attente.
—Seigneur, dit-il en abordant l'amiral, je suis chargé par le roi Vantripan de prévenir Votre Excellence qu'il faudra mettre à la voile dès ce soir pour faire une descente sur les côtes de l'empereur du Japon.
—Et qu'allons-nous faire au Japon? demanda l'amiral.
—Seigneur, je suis chargé de vous transmettre l'ordre et non de le discuter.
—Mon cher, dit l'amiral en frappant familièrement sur l'épaule de Pierrot, tu diras au roi qu'il faut attendre une occasion plus favorable et que l'escadre n'est pas prête.
—Que lui manque-t-il? demanda Pierrot.
—Oh! peu de chose, une bagatelle, en vérité, dit l'amiral en se frisant la moustache. Il manque des vaisseaux, des hommes, des vivres, des armes et de l'argent.
—Ce n'est pas possible! dit Pierrot. On vous avait confié tout cela. Qu'en avez-vous fait?
—D'abord, mon cher, dit l'amiral en brossant sa manche au nez de Pierrot, tu sauras qu'il n'est pas poli, pour un officier subalterne, d'interroger son supérieur; de plus, que si tu me fais une autre question, je te ferai, moi, jeter à l'eau comme une carcasse vide.
—Vous réfléchirez avant de le faire, dit résolument Pierrot.