—Je suis contente de toi, Pierrot, lui dit Aurore, tu commences à comprendre et à remplir tes devoirs, je veux t'en récompenser: donne-moi la main.

Pierrot le fit, et au même moment se trouva transporté dans une vallée qu'il connaissait bien. Il reconnut la maison de la belle Rosine et sentit son coeur battre violemment.

—Entre hardiment, dit la fée, et ne parle à personne. Je t'ai rendu invisible. Écoute et regarde seulement ce qui se fait et se dit ici.

Le soleil venait de se coucher derrière la colline, et les travaux de la campagne avaient cessé. On voyait de toutes parts rentrer les vaches, les moutons, les poules et tous les animaux de la ferme. Dans la cuisine on apprêtait le souper de ceux qui revenaient du travail. Déjà la table était dressée, et la mère de Rosine surveillait ces préparatifs. Quand tout fut terminé, elle s'assit avec sa fille devant la porte de la maison, et toutes deux demeurèrent en silence, écoutant ce doux et éternel murmure qui sort le soir, pendant l'été, des bois, des champs et des prairies, et qui semble être une prière que la nature entière adresse au Créateur. Bientôt la lune parut à l'orient et éclaira cette scène paisible.

La cloche de l'église sonna l'Angelus, et tous les habitants du village élevèrent leurs coeurs vers le ciel. Rosine et sa mère s'agenouillèrent, et après quelques instants de méditation, se rassirent pour regarder la voûte bleue et pure du firmament, dans lequel on voyait à peine quelques étoiles.

—A quoi penses-tu, Rosine? dit la mère.

—Je pense, ma mère, au bonheur de vivre ainsi, près de toi; au calme dont nous jouissons, et je me figure que s'il y a quelque image du bonheur sur la terre, c'est chez nous qu'elle doit se trouver.

—Oui, tu peux remercier le ciel de tant de bonheur; mais qui sait s'il durera? Toutes les choses de ce monde sont si fragiles.... Je puis mourir....

—O maman! s'écria Rosine en se jetant dans les bras de sa mère.

—La guerre est déclarée.... Qui sait si l'ennemi ne viendra pas jusqu'ici?