—Oh! pour cela, maman, ne crains rien. N'est-ce pas le seigneur Pierrot qui commande notre armée? et y a-t-il au monde un guerrier plus brave?
—Et qui t'a dit qu'il commandait l'armée?
—Je l'ai vu dans les journaux, dit la jeune fille en rougissant.
—Tu t'occupes donc des journaux, à présent? Autrefois, tu ne pouvais pas les souffrir.
Ici Rosine se trouva si embarrassée pour expliquer ce que sa mère avait déjà deviné, je veux dire qu'elle ne s'intéressait pas plus qu'auparavant à la politique, mais qu'elle s'intéressait fort à Pierrot, que sa mère ne poussa pas plus loin ses questions.
Pierrot fut saisi d'une joie si vive, qu'il allait se montrer lorsque la fée Aurore le retint.
—Regarde, dit-elle.
En même temps elle toucha Rosine de sa baguette. Il sembla à Pierrot que le coeur de la jeune fille s'entr'ouvrait et qu'il voyait ses plus secrètes pensées; mais ce coeur était si pur, si noble et si doux, que Pierrot se sentit pris d'un violent désir de se jeter à genoux devant elle, et de l'adorer comme la plus parfaite créature de Dieu.
—Pierrot, dit la fée, voilà celle que je te destine; mais il faut que tu l'obtiennes par des travaux auprès desquels ce que tu as fait n'est rien. Il faut que tu sois devenu le meilleur des hommes et le plus brave; que tu laisses de côté pour toujours tes intérêts personnels, ta vanité et le désir même que tu as d'être applaudi des autres hommes. A ce prix, veux-tu être un jour son mari?
—Je le veux! s'écria Pierrot.