Cependant Horribilis voulait à tout prix le faire tuer, ou tout au moins l'exiler. Il avait pris pour confident un vieux magicien dont l'âme était noire de crimes, et qui avait contre Pierrot la haine que les méchants nourrissent toujours contre les gens de bien. Le magicien s'appelait Tristemplète. Il était petit, avait les yeux enfoncés sous des sourcils grisonnants, le nez busqué et touchant presque au menton, les pommettes des joues saillantes, et l'air d'un féroce gredin. Ses yeux, comme ceux des chats, voyaient la nuit aussi bien que le jour. Ce coquin, qui plusieurs fois déjà avait mérité la potence, et n'échappait à la mort que par les intelligences qu'il avait avec les démons, plut tout d'abord à Horribilis, qui le trouva digne de lui. Tous deux cherchaient continuellement le moyen de perdre Pierrot.

—Comment faire? dit Horribilis; il est inattaquable!

Tristemplète sourit.

—Le plus inattaquable, dit-il, a toujours quelque endroit faible: c'est par là qu'il faut le prendre.

Et, tirant de sa poche un affreux grimoire, il prononça les mots sacramentels:

qui signifient, dans la langue magique: kara, brankara, et en français: approche, esclave. C'est la formule usitée pour évoquer le démon.

Celui-ci parut.

—Maître, dit-il, tu m'as appelé; que me veux-tu?

Ici je passe sous silence une conversation assez longue entre le diable et le magicien. Alcofribas, qui s'y connaissait, la rapporte tout entière avec les formules magiques; mais je craindrais, en vous les enseignant, de vous conduire, sans le savoir, sur le grand chemin de l'enfer.