Le résultat fut qu'Horribilis apprit que le pauvre Pierrot aimait éperdument la fille d'une fermière, et qu'ils avaient été fiancés par la fée Aurore. Hélas! tremblez et soupirez, âmes sensibles, car de ce jour datent les premiers malheurs de notre ami.

A peine Horribilis eut-il appris tout cela, qu'il quitta l'armée avec son confident, fit enlever Rosine et sa mère dans un nuage, par le moyen des démons qui obéissaient à Tristemplète, et les renferma dans un château revêtu à l'extérieur de plaques d'acier travaillé par les esprits infernaux, et qui avait la propriété d'être invisible.

Au moment même où Horribilis commettait ce crime, l'anneau magique de Pierrot lui serra le doigt comme s'il eût été vivant, et son coeur battit violemment sans qu'il sût pourquoi. C'était un de ces pressentiments que Dieu envoie aux âmes tendres, et qui ne leur font pas éviter le malheur. Pierrot, attristé et plein de pensées lugubres, eut recours à la fée Aurore.

La bonne fée lui apprit ce qui s'était passé, et cherchait à le consoler. Pierrot s'arrachait les cheveux de désespoir.

—Malheureux! disait-il, pourquoi les ai-je quittées? quel besoin avais-je de combattre les Tartares? Ah! marraine, c'est cette funeste absence qui les a perdues! Qui sait où elles sont maintenant? qui sait entre les mains de quel ennemi, et quel traitement il leur fait subir? Périsse mille fois la Chine avec tous les Chinois! Je vais rejoindre ma Rosine chérie. Je pars.

—Tu ne partiras pas, Pierrot, lui dit la fée avec une douce sévérité. Tu as des devoirs plus importants à remplir.

Et comme elle vit qu'il ne l'écoutait pas:

—Je sais où est ta fiancée, dit-elle, et je veillerai sur elle. Ne crains rien; fais ton devoir en homme de coeur, et sois sûr qu'après la guerre je t'aiderai moi-même à retrouver Rosine.

—Vous me le jurez? dit Pierrot un peu consolé.

—Je te le promets par la barbe blanche de Salomon, à qui tous les génies obéissent.