—Décidément, dit-il, je ne parviendrai jamais à tuer ce garçon-là en duel. Il prend trop de soin du fils de sa mère. Rentrons chez moi; je veux faire un dernier effort.
Et il écrivit un billet que j'étais chargé de remettre en grande cérémonie, assisté d'un autre ami de Michel qui nous parut très propre à remplir cet office, car il était riche propriétaire, vivait à la campagne, braconnait presque toute l'année, n'aimait pas le vieux Vire-à-Temps qui l'avait condamné plusieurs fois à l'amende et connaissait à merveille le maniement des armes à feu.
Voici le billet:
«Monsieur,
»Hier, vous avez insulté la République en l'appelant sale, et vous réjouissant de ce qu'on la ferait sauter... c'est vous qui sauterez, je vous le prédis, sans être grand prophète.
»Ce n'est pas tout. En sortant du café de la Perle, vous avez dit que j'étais fou...
»La promptitude avec laquelle vous êtes rentré chez vous et l'obscurité de la nuit m'ont empêché de vous poursuivre et de vous donner sur-le-champ dans le dos des marques de ma satisfaction... Mais, vous entendez bien que cette injure ne peut pas rester impunie. Je vous prie de désigner deux de vos amis qui s'entendront avec les miens, MM. Trapoiseau et Crancy, pour régler les conditions d'une rencontre ou les excuses publiques que j'ai droit d'attendre de vous.
»Michel Bernard.»
»P.S. Mes amis ont ordre de vous laisser le choix des armes.»
Le braconnier et moi nous portâmes ce billet doux le lendemain, vers une heure de l'après-midi, pendant que le gros Francis et le vieux Vire-à-Temps, son père, dînaient tranquillement en tête-à-tête.