«Mais ça ne fait rien, je t'aime bien tout de même!»

Alors Pitou me dit:

«Je l'espère bien, mon vieux Dumanet!... D'ailleurs à quoi ça sert-il d'avoir de l'esprit? Est-ce que ça tient chaud quand on a froid? est-ce que ça donne à manger quand on a faim? est-ce que ça donne à boire quand on a soif?

—Non, Pitou; non!

—Est-ce que ça me consolerait si la mère Pitou venait à mourir, ou la petite Jeanne, qui m'a promis de venir avec moi devant le maire et le curé, et de s'appeler madame Pitou aussitôt que mon temps sera fini?

—Non, Pitou, non!

—Eh bien, alors, pourquoi donc est-ce que ça me gênerait de n'avoir pas d'esprit comme le sergent Lenglumé, qui pourrait gagner sa vie à vendre des calembours dans les foires (trois mille pour un sou à cause de la beauté du papier)! Est-ce que ça lui rapporte quelque chose?»

Je répondis:

«Tu te trompes, Pitou! Il a eu l'autre jour une bonne gifle et un coup de sabre pour avoir dit du sergent Frotté: «C'est le plus frotté de tous les sergents du 7e léger!» L'autre, qui n'est pas commode, lui a envoyé une gifle de première grandeur, et le lendemain lui a fait un trou de deux pouces de profondeur dans la cuisse droite. Il en a eu pour six semaines à ne pas faire le malin sur un lit d'hôpital... Et voilà ce que c'est, mon ami Pitou, que d'avoir de l'esprit et pourquoi je suis content que tu n'en aies pas... Mais tu as un cœur d'or.

—Ça, dit Pitou, c'est possible. Je ne sais pas ce que c'est qu'un cœur d'or; je n'en ai jamais vu... Mais ce n'est pas la peine de me passer la main dans les cheveux et de me chatouiller l'amour-propre. Tu veux aller à la chasse au lion, j'y vas; la lionne y sera, moi aussi, les petits aussi. Ça ne fait rien, Dumanet; si tu en es, j'en suis. Seulement, prenons nos précautions: ne va pas te faire dévorer aujourd'hui; le père Dumanet ne serait pas content...»