Ces vieux vers et l’air du maréchal faisaient rire toute la table, hormis trois personnes.

—Jésus-Dieu! il me semble, continua-t-il, que je n’ai que dix-sept ans comme lui; il va nous revenir tout brodé, madame; il faut laisser son fauteuil vacant.

Ici tout à coup la maréchale pâlit, sortit de table en fondant en larmes, et tout le monde se leva avec elle: elle ne put faire que deux pas et retomba assise sur un autre fauteuil. Ses fils et sa fille et la jeune duchesse l’entourèrent avec une vive inquiétude et démêlèrent parmi des étouffements et des pleurs qu’elle voulait retenir: Pardon!... mes amis... c’est une folie... un enfantillage... mais je suis si faible à présent, que je n’en ai pas été maîtresse. Nous étions treize à table, et c’est vous qui en avez été cause, ma chère duchesse. Mais c’est bien mal à moi d’avoir montré tant de faiblesse devant lui. Adieu, mon enfant, donnez-moi votre front à baiser, et que Dieu vous conduise! Soyez digne de votre nom et de votre père.

Puis, comme a dit Homère, riant sous les pleurs, elle se leva en le poussant et disant:—Allons, que je vous voie à cheval, bel écuyer!

Le silencieux voyageur baisa les mains de sa mère et la salua ensuite profondément: il s’inclina aussi devant la duchesse sans lever les yeux; puis, embrassant son frère aîné, serrant la main au maréchal et baisant le front de sa jeune sœur presque à la fois, il sortit et dans un instant fut à cheval. Tout le monde se mit aux fenêtres qui donnaient sur la cour, excepté madame d’Effiat, encore assise et souffrante.

—Il part au galop; c’est bon signe, dit en riant le maréchal.

—Ah! Dieu! cria la jeune princesse en se retirant de la croisée.

—Qu’est-ce donc! dit la mère.

—Ce n’est rien, ce n’est rien, dit M. de Launay: le cheval de monsieur votre fils s’est abattu sous la porte, mais il l’a bientôt relevé de la main: tenez, le voilà qui salue de la route.

—Encore un présage funeste! dit la marquise en se retirant dans ses appartements.