Mais, messieurs, tandis que le ciel s’expliquait ainsi miraculeusement par ses saints interprètes, une autre lumière nous est venue tout à l’heure: à l’instant même où les juges étaient plongés dans leurs profondes méditations, un grand cri a été entendu près de la salle du conseil; et, nous étant transportés sur les lieux, nous avons trouvé le corps d’une jeune demoiselle d’une haute naissance; elle venait de rendre le dernier soupir dans la voie publique, entre les mains du révérend père Mignon, chanoine; et nous avons su de ce même père, ici présent, et de plusieurs autres personnages graves, que, soupçonnant cette demoiselle d’être possédée, à cause du bruit qui s’était répandu dès longtemps de l’admiration d’Urbain Grandier pour elle, il eut l’heureuse idée de l’éprouver, et lui dit tout à coup en l’abordant: Grandier vient d’être mis à mort; sur quoi elle ne poussa qu’un seul grand cri, et tomba morte, privée par le démon du temps nécessaire pour les secours de notre sainte mère l’Église catholique.

Un murmure d’indignation s’éleva dans la foule, où le mot d’assassin fut prononcé; les huissiers imposèrent silence à haute voix; mais le rapporteur le rétablit en reprenant la parole, ou plutôt la curiosité générale triompha.

—Chose infâme, messeigneurs, continua-t-il, cherchant à s’affermir par des exclamations, on a trouvé sur elle cet ouvrage écrit de la main d’Urbain Grandier.

Et il tira de ses papiers un livre couvert en parchemin.

—Ciel! s’écria Urbain de son banc.

—Prenez garde! s’écrièrent les juges aux archers qui l’entouraient.

—Le démon va sans doute se manifester, dit le père Lactance d’une voix sinistre; resserrez ses liens.

On obéit.

Le lieutenant criminel continua:—Elle se nommait Madeleine de Brou, âgée de dix-neuf ans.

—Ciel! ô ciel! c’en est trop! s’écria l’accusé, tombant évanoui sur le parquet.