—En effet, monseigneur, personne ne peut dire que ce soit sur mer qu’il ait été battu.
Son Eminence ne peut s’empêcher de sourire; mais, voyant que l’expression électrique de ce sourire en avait fait naître d’autres dans la salle, et des chuchotements et des conjectures, il reprit toute sa gravité sur-le-champ, et prenant le bras familièrement au maréchal:
—Allons, allons, monsieur l’ambassadeur, dit-il, vous avez la répartie bonne. Avec vous, je ne craindrais pas le cardinal Albornos, ni tous les Borgia du monde, ni tous les efforts de leur Espagne près du Saint-Père.
Puis, élevant la voix et regardant tout autour de lui comme pour s’adresser au salon silencieux et captivé:
—J’espère, continua-t-il, qu’on ne nous persécutera plus comme l’on fit autrefois pour avoir fait une juste alliance avec l’un des plus grands hommes de notre temps; mais Gustave-Adolphe est mort, le roi catholique n’aura plus de prétexte pour solliciter l’excommunication du roi très chrétien. N’êtes-vous pas de mon avis, mon cher seigneur? dit-il en s’adressant au cardinal de La Valette qui s’approchait et n’avait heureusement rien entendu sur son compte. Monsieur d’Estrées, restez près de notre fauteuil: nous avons encore bien des choses à vous dire, et vous n’êtes pas de trop dans toutes nos conversations, car nous n’avons pas de secrets; notre politique est franche et au grand jour: l’intérêt de Sa Majesté et de l’Etat, voilà tout.
Le maréchal fit un profond salut, se rangea derrière le siège du ministre, et laissa sa place au cardinal de La Valette, qui, ne cessant de se prosterner, et de flatter et de jurer dévouement et totale obéissance au Cardinal, comme pour expier la roideur de son père le duc d’Epernon, n’eut aussi de lui que quelques mots vagues et une conversation distraite et sans intérêt, pendant laquelle il ne cessa de regarder à la porte quelle personne lui succédait. Il eut même le chagrin de se voir interrompu brusquement par le Cardinal-duc, qui s’écria, au moment le plus flatteur de son discours mielleux:
—Ah! c’est donc vous enfin, mon cher Fabert! Qu’il me tardait de vous voir pour vous parler du siège!
Le général salua d’un air brusque et assez gauchement le Cardinal généralissime, et lui présenta les officiers venus du camp avec lui. Il parla quelque temps des opérations du siège, et le Cardinal semblait lui faire, en quelque sorte, la cour pour le préparer à recevoir plus tard ses ordres sur le champ de bataille même; il parla aux officiers qui le suivaient, les appelant par leurs noms et leur faisant des questions sur le camp.
Ils se rangèrent tous pour laisser approcher le duc d’Angoulême; ce Valois, après avoir lutté contre Henri IV, se prosternait devant Richelieu. Il sollicitait un commandement qu’il n’avait eu qu’en troisième au siège de la Rochelle. A sa suite parut le jeune Mazarin, toujours souple et insinuant, mais déjà confiant dans sa fortune.
Le duc d’Halluin vint après eux: le Cardinal interrompit les compliments qu’il leur adressait pour lui dire à haute voix: