—Je n’hésite point, dit la Reine, à me mettre dans vos mains pour sauver mes enfants s’il arrivait quelque malheur au Roi. Mais dans ce plan général vous oubliez Paris.

—Il est à nous par tous les points: le peuple par l’archevêque, sans qu’il s’en doute, et par M. de Beaufort, qui est son roi; les troupes par vos gardes et ceux de Monsieur, qui commandera tout, s’il le veut bien.

—Moi! moi! oh! cela ne se peut pas absolument! je n’ai pas assez de monde et il me faut une retraite plus forte que Sedan, dit Gaston.

—Mais elle suffit à la Reine, reprit M. de Bouillon.

—Ah! cela peut bien être, mais ma sœur ne risque pas autant qu’un homme qui tire l’épée. Savez-vous que c’est très hardi ce que nous faisons là?

—Quoi! même ayant le Roi pour nous? dit Anne d’Autriche.

—Oui, madame, oui, on ne sait pas combien cela peut durer: il faut prendre ses sûretés, et je ne fais rien sans le traité avec l’Espagne.

—Ne faites donc rien, dit la Reine en rougissant; car certes je n’en entendrai jamais parler.

—Ah! madame, ce serait pourtant plus sage, et Monsieur a raison, dit le duc de Bouillon; car le comte-duc de San-Lucar nous offre dix-sept mille hommes de vieilles troupes et cinq cent mille écus comptant.

—Quoi! dit la Reine étonnée, on a osé aller jusque-là sans mon consentement! déjà des accords avec l’étranger!