—L’étranger, ma sœur! devions-nous supposer qu’une princesse d’Espagne se servirait de ce mot? répondit Gaston.

Anne d’Autriche se leva en prenant le Dauphin par la main, et, s’appuyant sur Marie:

—Oui, Monsieur, dit-elle, je suis Espagnole; mais je suis petite-fille de Charles-Quint, et je sais que la patrie d’une reine est autour de son trône. Je vous quitte, messieurs; poursuivez sans moi; je ne sais plus rien désormais.

Elle fit quelques pas pour sortir, et, voyant Marie tremblante et inondée de larmes, elle revint.

—Je vous promets cependant solennellement un inviolable secret, mais rien de plus.

Tous furent un peu déconcertés, hormis le duc de Bouillon, qui, ne voulant rien perdre de ses avantages, lui dit en s’inclinant avec respect:

—Nous sommes reconnaissants de cette promesse, madame, et nous n’en voulons pas plus, persuadés qu’après le succès vous serez tout à fait des nôtres.

Ne voulant plus s’engager dans une guerre de mots, la Reine salua un peu sèchement, et sortit avec Marie, qui laissa tomber sur Cinq-Mars un de ces regards qui renferment à la fois toutes les émotions de l’âme. Il crut lire dans ses beaux yeux le dévouement éternel et malheureux d’une femme donnée pour toujours, et il sentit que, s’il avait jamais eu la pensée de reculer dans son entreprise, il se serait regardé comme le dernier des hommes. Sitôt qu’on quitta les deux princesses:

—Là, là, là, je vous l’avais bien dit, Bouillon, vous fâchez la Reine, dit Monsieur; vous avez été trop loin aussi. On ne m’accusera pas certainement d’avoir faibli ce matin; j’ai montré, au contraire, plus de résolution que je n’aurais dû.

—Je suis plein de joie et de reconnaissance pour Sa Majesté, répondit M. de Bouillon d’un air triomphant; nous voilà sûrs de l’avenir. Qu’allez vous faire à présent, monsieur de Cinq-Mars?