—Je vous l’ai dit, monsieur, je ne recule jamais; quelles qu’en puissent être les suites pour moi, je verrai le Roi; je m’exposerai à tout pour arracher ses ordres.

—Et le traité d’Espagne!

—Oui, je le...

De Thou saisit le bras de Cinq-Mars, et, s’avançant tout à coup, dit d’un air solennel:

—Nous avons décidé que ce serait après l’entrevue avec le Roi qu’on le signerait; car, si la juste sévérité de Sa Majesté envers le Cardinal vous en dispense, il vaut mieux, avons-nous pensé, ne pas s’exposer à la découverte d’un si dangereux traité.

M. de Bouillon fronça le sourcil.

—Si je ne connaissais M. de Thou, dit-il, je prendrais ceci pour une défaite; mais de sa part...

—Monsieur, reprit le conseiller, je crois pouvoir m’engager sur l’honneur à faire ce que fera M. le Grand; nous sommes inséparables.

Cinq-Mars regarda son ami, et s’étonna de voir sur sa figure douce l’expression d’un sombre désespoir; il en fut si frappé qu’il n’eut pas la force de le contredire.

—Il a raison, messieurs, dit-il seulement avec un sourire froid, mais gracieux, le Roi nous épargnera peut-être bien des choses; on est très fort avec lui. Du reste, monseigneur, et vous, monsieur le duc, ajouta-t-il avec une inébranlable fermeté, ne craignez pas que jamais je recule; j’ai brûlé tous les ponts derrière moi: il faut que je marche en avant; la puissance du Cardinal tombera ou ce sera ma tête.