A partir de cette Butte-aux-Cailles jusqu'à la barrière Saint-Jacques, il y avait,—et il y a encore un peu,—une large vallée au milieu de laquelle coulait la Bièvre, qui sort de Paris par la barrière Croullebarbe,—entre la barrière Fontainebleau et la barrière Saint-Jacques,—à l'endroit où se trouvaient au treizième siècle le moulin et les vignes de Croullebarbe.

O faubourg Marceau,—noble et vaillant faubourg! Tu n'as pas toujours été habité par des chiffonniers et des blanchisseuses, par des tanneurs et des cotonnières! Tu as vu sortir de ton sol fertile et chaud des vignes plantureuses aimées de Jules César et ne connaissant pas l'oïdium... Tu as donné tes sueurs à l'agriculture avant de les donner à l'industrie! Autres temps, autres vignes! C'est de la bière qu'on fait maintenant sur les bords de la Bièvre... et de la bière de Strasbourg, encore!...

Dans cet espace compris entre la Butte-aux-Cailles et le rond-point de la barrière Saint-Jacques, il y avait donc—à l'époque dont je veux parler,—une petite vallée au milieu de laquelle coulait la Bièvre, entre une bordure de saules. C'était le Champ-de-l'Alouette. On l'appelait aussi le Clos-Payen, si ma mémoire me sert bien.

Il y avait une grande nappe verte où venaient pacager les ruminants du voisinage, et d'immenses étendages où séchaient au soleil des cargaisons de linge.

Çà et là,—sur les collines qui remontent vers le quartier Saint-Jacques,—se groupaient des maisonnettes blanches aux contrevents verts qui avaient l'air de prendre à chaque instant leur élan pour venir combler la vallée. Il y avait des jardins derrière et devant ces maisons, de façon à les faire ressembler à des bastides des environs de Marseille, ou à des cottages des environs de Londres.

Il y a dix ans, parmi ces maisonnettes, on en remarquait une plus avenante, plus coquette, plus pittoresque encore que les autres.

Elle avait appartenu à un industriel très-connu qui avait épousé en 1840 une jeune femme heureusement moins connue que lui, et comme il s'était empressé de mourir—voyant qu'il ne faisait plus bon vivre pour lui ici-bas,—sa propriété du champ de l'Alouette avait passé entre les mains de sa veuve. Le reste de sa fortune avait été abandonné à des parents.

Mme R... n'était pas d'humeur à imiter Calypso après le départ d'Ulysse. Quelque temps après le départ de son mari, elle rouvrit les fenêtres de sa maison, se débarrassa de son attirail de veuve et songea à se remarier.

Cela lui était autant permis qu'à une autre, mieux qu'à une autre, puisqu'elle n'avait que vingt-huit ans, qu'elle avait la peau très-blanche, les joues très-fraîches, les cheveux très-blonds.

Ma mère résolut de me marier avec elle.