Ainsi, cette veuve ne se contentait pas d'être encore jeune, d'être encore belle, d'être encore fraîche, d'être bienveillante, affectueuse et hospitalière. Elle était intelligente et artiste,—par-dessus le marché.
C'était trop de bonheur pour un homme seul... Et, en descendant en moi-même, je reconnus que j'en étais indigne.
D'ailleurs des voix inconnues m'appelaient dans d'autres chemins,—des bras invisibles m'attiraient vers d'autres horizons. Ce jardin en fleurs, si gai, si riant, si prometteur, me séduisait bien et me retenait bien; mais le mariage m'éloignait. J'avais envie de serrer la main de cette veuve affable, avenante et gracieuse, et de lui dire:
—Madame, permettez-moi de vous demander la main de votre jardin—que je désire épouser.
Et en effet, ce jardin-là,—sans la femme,—aurait fait la joie de toute ma vie. Je serais resté pour l'aimer et le cultiver, l'orner et l'arroser,—et j'aurais vieilli ainsi sans m'en apercevoir...
Mme R*** et ma mère descendirent.
Je compris,—à certain regard que cette dernière me lança,—qu'il y avait eu une conversation fort longue dont j'avais été un peu l'objet, et qu'il fallait me déclarer.
Je m'avançai, je saluai humblement et courtoisement. Puis,—avec un sourire:
—Madame,—demandai-je,—avez-vous lu Tristram Shandy de Sterne?