Enfin, souffrir, hélas! ma pauvre chérie, nous savons tous deux ce que cela est, et peu importent d’ailleurs les souffrances, car quelles qu’elles soient il te faut notre honneur, celui de nos enfants.
Je t’ai écrit longuement le 2 décembre; ajouter quelque chose à cette lettre, comme d’ailleurs à toutes les précédentes, serait bien superflu, n’est-ce pas? Nos pensées sont communes, nos cœurs ont toujours battu à l’unisson, nos âmes vibrent aujourd’hui ensemble et veulent leur honneur avec l’ardeur brûlante d’êtres honnêtes frappés dans ce qu’ils ont de plus précieux.
J’attends avec une impatience fébrile de tes nouvelles. Je pense qu’elles finiront bien par me parvenir, je dirais même que j’attends presque chaque jour une nouvelle heureuse et j’espère apprendre enfin quelque chose de certain, de positif, que la lumière est faite, tout au moins en bonne voie de se faire, sur cette lugubre et triste histoire.
Laisse-moi te dire simplement aujourd’hui que ta pensée, celle de nos chers enfants, me donnent seules encore la force de vivre ces longues journées et ces interminables nuits. Je t’embrasse de toutes mes forces comme je t’aime, ainsi que nos chers et adorés enfants.
Ton dévoué,
Baisers à tes chers parents, à tous les nôtres.
Depuis de longs mois aussi, je ne reçois plus ni livres ni revues. L’envoi que tu m’annonçais dans ta lettre du mois d’août ne m’est pas encore parvenu! C’est à n’y rien comprendre.
Je pensais que tu continuerais à m’envoyer chaque mois, directement, les revues et quelques colis postaux de livres. Aussi suis-je tout le jour, autant ajouter presque toute la nuit, sans une minute, sans une seconde d’oubli, à contempler les quatre murs de mon cabanon. Enfin, peu importe; mais tu ferais bien de t’informer ce que sont devenus ces livres.