Dieu veuille que ce malheureux, qui expire, qui agonise sur un rocher, soit réhabilité un jour, pour l’honneur des siens, de ses enfants, et aussi pour l’armée!

Forzinetti,
Chef de bataillon en retraite,
ancien commandant des prisons
militaires de Paris.

II
UNE CALOMNIE
Les prétendus aveux du Capitaine Dreyfus

I
Madame Dreyfus a M. G. Cavaignac

Monsieur le Député,

Dans la séance du 13 janvier 1898, vous avez affirmé qu’un officier, le capitaine Lebrun-Renault, aurait recueilli de la bouche de mon mari, le jour de son horrible supplice, cette parole: «Si j’ai livré des documents sans importance à une puissance étrangère, c’était dans l’espoir de m’en procurer d’autres.»

J’oppose à cette affirmation un démenti catégorique, absolu.

Si—au lendemain du jour où, subissant héroïquement son supplice, mon mari n’a pas cessé de protester hautement de son innocence—un journal a publié le récit dont, sans contrôle et sans preuves, vous vous êtes fait l’écho à la tribune du Parlement, ce journal a altéré la vérité.

Il m’a été dit que le capitaine Lebrun-Renault avait aussitôt démenti les propos qu’une légende lui attribue, qu’il avait dit à ses chefs la vérité, à savoir que mon mari n’avait fait que protester de son innocence, que, par ordre, alors, le silence avait été imposé à cet officier.

J’ignore si ce qui m’a été raconté est exact, je ne puis le vérifier. Si vous voulez vous donner la peine de vous reporter aux journaux de janvier 1895, vous y trouverez d’abord un récit de tous points différent de la conversation qui s’engagea le 5 janvier entre le capitaine Lebrun-Renault et mon mari. Voici le récit du Figaro, intitulé: Récit d’un témoin, et signé de M. Eugène Clisson.