Mais que le devoir est parfois dur à remplir!

Te parler de ma vie ici—à quoi bon t’attrister, ma chérie? Ton chagrin est déjà assez grand pour ne pas l’augmenter encore par mes doléances.

Je vis d’espoir, ma bonne chérie; je vis dans la conviction qu’il est impossible que la vérité ne se fasse pas jour, que mon innocence ne soit pas reconnue et proclamée par cette chère France, ma patrie, à laquelle j’ai toujours apporté tout le concours de mon intelligence et de mes forces, à laquelle j’aurais voulu consacrer tout mon sang.

Il me faut de la patience, il faut que je la puise dans ton amour, dans l’affection de tous les nôtres, dans la conviction enfin de la réhabilitation.

Mille baisers aux chéris.

Je t’embrasse comme je t’aime,
Alfred.

Ta lettre m’apprend qu’on a refusé à Mᵉ Demange l’autorisation de me voir. J’espère cependant qu’elle lui sera bientôt accordée.

Quant à toi, je compte les heures jusqu’à vendredi.

Merci des bonnes lettres que je reçois de tous. Remercie-les de ma part et dis-leur que c’est une des meilleures heures de ma journée que celle qui se passe à lire ma correspondance. Mais je me sens incapable de leur répondre à tous. Je n’ai rien à leur dire, sinon que je suis résigné et que j’attends la découverte de la vérité.