L’habit des religieux trappistes de chœur se compose, pour le temps du travail, été et hiver, d’une robe de gros drap blanc, d’un scapulaire noir, le tout serré par une ceinture de cuir, et dans le reste du temps, ils ajoutent une tunique à manches larges et pendantes de gros drap blanc comme la robe, assez semblable pour la forme à la toge romaine ; cette tunique est surmontée d’un capuchon ou capuce pour couvrir la tête ; c’est là proprement dit l’habit monacal, auquel on donne aussi le nom de coule[5].

[5] Des hommes de haute distinction se sont revêtus de la coule des Trappistes. On a compté parmi les frères, les comtes de Santena, de Rosembert et de Thalouet, le chevalier de Charny, le baron de la Motte, le baron de Géramb, chambellan de l’empereur d’Autriche, etc.

Les frères convers portent la même robe, mais de grosse étoffe brune, recouverte d’une sorte de grand manteau appelé chape. Les frères convers et les religieux de chœur portent une chemise de serge grossière.

Sous cet habit si simple, que d’hommes éminents dans la noblesse, dans l’armée, dans les lettres, se sont déjà ensevelis ! Il n’y a plus rien là des vanités du monde ; on n’y conserve pas même son nom, qu’on change en y entrant contre celui de frère Martin, frère Dominique, frère Hilarion, etc. Grâce à l’éternel silence qui règne à la Trappe, ces hommes peuvent passer là toute leur vie sans se connaître.

Il y a ensuite à la Trappe, outre ces deux classes de religieux profès, des aspirants, des novices et des frères donnés ou familiers.

Les aspirants sont ceux qui, se sentant portés à la vie monastique, ont demandé à faire partie des religieux. Ils suivent pendant quelque temps les exercices de la maison ; puis, s’ils persévèrent, ils passent au rang des novices et prennent l’habit.

Les novices, partagés en novices de chœur et novices convers, selon leur destination à devenir religieux pères de chœur ou religieux frères convers, font une année de noviciat, après laquelle, s’ils persistent dans leur vocation, ils prononcent des vœux définitifs.

Les frères familiers, sans se lier par des vœux et sans s’engager dans la profession religieuse, se donnent à la maison et deviennent membres de la famille. Mais ils ne portent point d’habit ; ils ne sont point soumis à des règles aussi sévères, et peuvent se retirer quand il leur plaira, à moins pourtant qu’ils ne veuillent devenir frères ou pères, et se soumettre pour cela aux épreuves du noviciat.

« Le Trappiste va au désert pour y étudier la vraie sagesse ; il va y chercher le bonheur que le monde ne saurait lui offrir ; pour cela, il embrasse un plan de vie un peu pénible à la nature et dont les commencements offrent bien quelques difficultés ; mais il ne tarde pas à y trouver des douceurs qu’il n’échangerait pas pour les plus grandes délices de la terre. Son occupation est de soumettre la chair à l’esprit, de réformer son cœur, de ne lui permettre que des affections légitimes, de faire mourir l’amour, la volonté et l’esprit propres, qui sont des ennemis éternels de notre repos, et les saints exercices de la Trappe sont des spécifiques puissants pour obtenir ces résultats. »

Notre ordre, dit saint Bernard, c’est l’humiliation même. Et ceux qui, une bonne fois, connaissent le secret de s’humilier sans cesse, trouvent assez de force pour tout faire. En entrant à la Trappe on doit être prêt à dompter son corps et à ne plus rien vouloir que ce que les supérieurs demandent de vous ; dans ces dispositions on est sûr de persévérer. On demande surtout aux postulants une bonne volonté et la constance dans la volonté, un bon esprit, qui sait recevoir les reproches, les corrections ; et ainsi on vit en paix et union avec le monde. Les personnes qui se découragent aux premières difficultés, ou qui ne peuvent supporter les humiliations et qui sont inconstantes, ne sont point propres à la vie de trappiste.