Il faut à la Trappe une volonté plus ferme et plus déterminée que dans aucun autre ordre religieux. On veut des âmes cherchant Dieu et Dieu seul. Ce qui éloigne aujourd’hui les postulants des maisons de trappistes, ce ne sont pas tant les pénitences corporelles que les renoncements du cœur et les abaissements de l’esprit.
« A la Trappe, par-dessus tout, on est à l’école du paradis ; on s’y forme aux vertus qui doivent y conduire, on y fait un apprentissage de la vie éternelle. Sans doute, on ne peut pas savoir quelle est l’occupation des bienheureux dans le ciel, mais on tâche de s’y modeler sur ce qu’on a pu en soupçonner de plus raisonnable. Ainsi, la vie des bienheureux est toute d’intelligence, toute spirituelle : dans leur monastère, les religieux font une guerre continuelle à toute sorte de sensualités ; ils tâchent de spiritualiser toutes leurs œuvres. Dans le ciel, les saints chantent continuellement les louanges du Très-Haut ; la première occupation des moines est de louer le Seigneur, et pour ne pas voguer à l’aventure, ils se règlent sur le prophète-roi, qui se levait pendant la nuit pour rendre ce devoir à son Créateur et le louait encore sept fois le jour. Enfin, les glorieux habitants des cieux sont tout absorbés en Dieu et ne pensent plus à la terre ; les moines, de même, vivent séparés du monde et se purifient tous les jours de l’attache qu’ils ont eue pour les créatures. »
Du reste la vie des religieux de la Trappe n’a rien de bien extraordinaire ; ils font ce que d’ailleurs ils seraient obligés de faire s’ils étaient demeurés dans le monde, et ce qu’y font, mais avec plus de difficultés, ceux qui veulent s’y sauver ; ils observent toute la loi de Dieu avec le plus d’exactitude qu’il est possible. Ils voudraient entrer un jour en possession des huit béatitudes, et ils savent qu’il n’y a pas d’autres moyens que ceux que notre Sauveur indique lui-même : ce sont là les motifs qui les entretiennent dans des voies de pénitence.
Prier, méditer, veiller, jeûner, travailler, telle est la vie des religieux trappistes. Quelques détails feront mieux connaître les saintes occupations qui partagent leurs moments, et donneront en même temps une idée de la vie qu’on mène à la Trappe.
V
Silence et solitude.
La solitude est la patrie des forts, le silence leur prière.
Je n’ai point l’intention de faire une ample description de la solitude en parlant de Sainte-Marie du Désert. Les saints ont toujours regardé la solitude comme un asile où la vertu est à l’abri de tout danger.
Jésus-Christ a voulu se transfigurer sur une montagne, après s’être éloigné de la foule, n’amenant avec lui que trois de ses disciples, nous montrant par là que la solitude n’est autre chose que la fuite, qu’un éloignement du commerce des hommes et le commencement de notre gloire. C’est en effet ce qui a porté tous les saints Pères à élever la vie solitaire ou érémitique jusqu’au troisième ciel, et ils se sont surpassés eux-mêmes par l’éloquence de leurs cœurs. L’amour qu’ils ont eu pour la solitude a été un feu dans leur volonté qui l’a embrasée de désirs pour elle, et une lumière dans leur esprit pour leur faire connaître ses avantages.
« La solitude, dit saint Jérôme, est une école où une doctrine toute céleste est enseignée ; c’est un paradis de délices, tout éclatant de l’éclat des roses de la charité, de la blancheur des lis de la chasteté ; en un mot, l’ornement de toutes les vertus. Ma cellule, ajoute ce grand saint, est à mon égard une grande ville, et ma solitude c’est mon paradis. »
C’est dans la solitude que Moïse a reçu le Décalogue ; c’est dans la solitude qu’Elie a joui de la présence de Dieu.