Eia ! eia ! Au secours ! au secours ! Bonne Vierge Marie !…

....... .......... ...

— Bonheur ! bonheur ! vive Marie ! vive Marie… Ils sont sauvés !

— Ils arrivent au port… au port… au port du ciel, après les tempêtes des passions, des chagrins et des tentations d’une vie d’exilés et de malheureux !…

Marie montrera Jésus, le fruit béni de son sein, à ceux qui l’ont invoquée et imitée durant cette courte vie !…

— Et Jesum benedictum, fructum ventris tui, nobis post hoc exilium ostende !

Et éternellement, pour remercier la vierge Marie, la bonne Mère, nous la louerons, — nous la bénirons, — nous l’aimerons avec les pieux Trappistes, en chantant avec eux !

Lorsque ces voix, qui ne se dépensent pas en inutilités, arrivent à cette triple exclamation qui termine la sublime antienne : O clemens ! o pia ! o dulcis Virgo Maria ! le chœur des Trappistes fait une longue pause, à chacune de ces exclamations. En contemplant ces moines, immobiles, se courber et se redresser, on est saisi de cet étrange sentiment qu’on éprouverait en voyant une statue parler et se mouvoir tout à coup. Pour moi, je crus assister à la résurrection générale et entendre la voix de l’ange du jugement citant les morts au tribunal suprême.

Tout cela produit un effet qui agit fortement sur l’âme que le monde n’a point desséchée. Je plains du fond du cœur celui qui resterait froid en entendant cette prière ; je n’en voudrais pas pour ami.

Voilà le Salve chanté chez les Trappistes !…