O vie du siècle passée dans les plaisirs, ô jeunesse consumée sur l’autel de la volupté, comment m’êtes-vous apparues alors, sinon comme une légère vapeur que colore de mille nuances un rayon de soleil et que le plus léger vent dissipe ? La vie mondaine, si au moins elle n’aboutissait pas à un affreux précipice, pourrait offrir une perspective attrayante ; mais quand on sait ce qui doit la suivre, il n’y a plus d’illusion possible. Et cependant la vie, dit Bossuet, donnée uniquement pour se préparer à la mort, se passe entière dans un profond oubli du terme où elle doit aboutir. On vit comme si l’on devait toujours vivre.

D’un côté, donc, se trouvent le calme, la paix et le bonheur ; de l’autre, l’agitation, la tempête des passions, le vide et le malheur. De quel côté l’homme sensé doit-il porter ses pas ?

Je me relevai le cœur soulagé et je m’abandonnai au sommeil.

XI
Le noviciat.

L’habit et la tonsure servent peu : c’est le changement de mœurs et la mortification entière des passions qui font le vrai religieux. (IMIT. DE J. C.)

« Le noviciat, conseillé par la prudence naturelle et établi par des lois ecclésiastiques, est ce temps, plus ou moins long, qui précède la profession, pendant lequel on éprouve sa vocation, avant de se lier par des vœux. »

Chaque état a le sien, quelque nom qu’on lui donne, stage, surnumérariat ou apprentissage ; la vie elle-même a son noviciat, les années d’enfance, qui servent à former l’homme en l’instruisant par des leçons, l’encourageant par des récompenses, le corrigeant même par des châtiments.

Il importe d’étudier sa vocation, de la mettre à l’épreuve et d’entrer surtout dans la voie où Dieu nous appelle, religieux ou séculier, sous peine de se jeter dans l’inconnu et de se préparer un avenir dont on ne peut prévoir l’issue, semblable à ces astres errants qui vont à l’aventure, sans orbite déterminée, jouets de toutes les influences, longtemps ballotés à droite et à gauche, pour être jetés un jour on ne sait où… Une vocation manquée ne peut promettre à la religion et à la société qu’un fléau destructeur, menaçant comme une comète, un révolutionnaire ou un apostat.

Les ordres religieux ont eu leurs moines réfractaires et des religieux infidèles, violateurs de leurs vœux ; mais ces cas sont bien rares aujourd’hui.

On n’offre plus les enfants à Dieu dans les monastères, comme on le faisait à une autre époque, en enveloppant la main du nouveau Samuël dans le voile de l’autel, après l’avoir déshérité d’avance de tous biens, présents et à venir, pour l’obliger ainsi à garder des vœux qu’il n’avait pas faits ; mais, l’excès contraire a prévalu : on s’oppose aux vocations naissantes, on cherche même à les tuer dans leur germe ; et, s’il en éclôt quelqu’une au souffle de la grâce, on en gêne l’exécution, on en arrête la réalisation, au risque de tout compromettre en mettant obstacle aux desseins du Très-Haut.