Le père Dutertre, étant aux Antilles, dans une petite embarcation, vit un jour une Galère; il essaya de la saisir: «Je ne l’eus pas plutôt prise, que toutes ses fibres m’engluèrent la main, et à peine en eus-je senti la fraischeur (car elles sont froides au toucher), qu’il me sembla avoir plongé mon bras, jusqu’à l’épaule, dans une chaudière d’huile bouillante, et cela avec de si estranges douleurs, que quelque violence que je pusse faire pour me contenir, de peur qu’on ne se moquast de moy, je ne pus m’empescher de crier par plusieurs fois à pleine teste: Miséricorde, mon Dieu! je brusle! je brusle!...»
Leblond, dans son Voyage aux Antilles, donne une figure de la Physalie pélagique, et dit: «Un jour, je me baignais avec quelques amis dans une grande anse, devant mon habitation. Pendant qu’on pêchait de la Sardine pour le déjeuner, je m’amusais à plonger à la manière des Caraïbes, dans la lame près de se déployer... Cette prouesse faillit me coûter la vie. Une Galère (il y en avait plusieurs d’échouées sur le sable) se fixa sur mon épaule gauche, au moment où la mer me rapportait à terre; je la détachai promptement, mais plusieurs de ses filaments restèrent collés à ma peau, jusqu’au bras. Bientôt je sentis à l’aisselle une douleur si vive, que, près de m’évanouir, je saisis un flacon d’huile qui était là, et j’en avalai la moitié pendant qu’on me frottait avec l’autre; mais la douleur s’étendant au cœur, j’eus un évanouissement. Revenu à moi, je me sentis assez bien pour retourner à la maison, où deux heures de repos me rétablirent, à la cuisson près, qui se dissipa dans la nuit.»
Meyen, pendant le premier voyage de la Princesse-Louise autour du monde, remarqua une magnifique Physalie qui passait près du navire. Un jeune matelot, hardi et courageux, sauta nu dans la mer pour s’emparer de l’animal, nagea vers lui et le saisit. Celui-ci entoura son ravisseur avec ses nombreux filaments (ils avaient près d’un mètre de longueur); le jeune homme, épouvanté et sentant une douleur brûlante, cria au secours... Il eut à peine la force d’atteindre le vaisseau et de se faire hisser à bord; mais la douleur et l’inflammation furent si violentes, qu’une fièvre cérébrale se déclara, et l’on fut très-inquiet sur sa santé.
Les organes natatoires sont actifs dans les Diphyes de Cuvier, les Physophores de Forskäl, les Apolémies de Lesson.
Chez les Diphyes, deux cloches inégales ou deux individus différents sont toujours ensemble, mais bien autrement unis que Philémon et Baucis. Un des individus s’emboîte dans une cavité de l’autre. L’emboîtant produit une sorte de chapelet qui traverse un demi-canal de l’emboîté!
Ces animaux sont gélatineux, pyramidaux, ovoïdes, quelquefois en forme de Campanule ou de sabot. On peut les séparer sans mutilation, et les conserver vivants. Mais quand un individu est isolé, on reconnaît sans peine qu’il s’ennuie, qu’il souffre, qu’il dépérit..... Il lui manque quelque chose!
DIPHYE
(Diphyes Bory Guoy et Gaimard).
Quelques auteurs regardent chaque paire d’individus comme un mâle et une femelle, comme deux époux étroitement unis. Singulière destinée qu’une vie d’embrassements continus, sans trêve ni repos! L’amour n’est qu’un épisode dans la vie des trois quarts des animaux; c’est la vie entière dans les Diphyes.