Si l’on fait naître entre les deux cloches d’une Diphye un long filament capillaire, plus ou moins transparent, avec de nombreuses branches unilatérales parallèles, descendant verticalement dans l’eau et portant de petits corps piriformes colorés, on aura la Galéolaire orangée[66], merveilleuse colonie hydrostatique découverte par M. Vogt aux environs de Nice. Ici les deux cloches n’ont pas de sexe; on les considère comme des vessies natatoires communes aux individus, et destinées à les soutenir dans l’eau. Ceux-ci sont les corps piriformes dont nous venons de parler. Il y en a de mâles et de femelles, les premiers orangés, et les seconds jaunâtres; ils ne vivent pas ensemble, ils forment des associations unisexuées. Il est probable que plusieurs Diphyes sont des animaux mutilés, c’est-à-dire privés de leurs filaments, et par conséquent incomplets.

PHYSOPHORE
(Physophora hydrostatica Forskål).

Les Physophores, ou Porte-vessies, ont des cloches nombreuses.

PHYSOPHORE DISTIQUE
(Physophora disticha Lesson).

La Physophore distique est une des espèces les plus délicates et les plus jolies de ce groupe. A l’extrémité supérieure d’un axe grêle et flexueux s’élève une petite vessie oblongue et transparente, mamelonnée en dessus. A droite et à gauche de cet axe naissent trois appendices opposés, d’un jaune de soufre, trilobés, c’est-à-dire composés d’une sorte de clochette courte, pourvue de chaque côté d’une ampoule ovoïde. En dessous, l’axe supporte une trentaine de tentacules composant un bouquet renversé, cylindriques, atténués à leur naissance et à leur terminaison, par conséquent légèrement fusiformes, demi-transparents, d’un rose pourpre, plus pâle vers l’extrémité inférieure, se terminant chacun par un petit suçoir. Ils sont traversés par un filament capillaire d’un pourpre vif, tordu en zigzag. Cette association est-elle complète? N’avait-elle pas des filaments capillaires, comme la Galéolaire dont nous venons de parler?

Dans les Apolémies, les cloches sont encore plus nombreuses.

La contournée[67] réunit la forme la plus gracieuse à une délicatesse de tissu et une transparence étonnantes (Vogt). Elle ressemble, en nageant, à un plumet formé de petites floques très-déliées, d’une couleur rouge ardente. Cette charmante espèce a été décrite avec une rare exactitude par MM. Milne Edwards et C. Vogt. Ce dernier savant en a publié une excellente figure que nous reproduisons.

Les cloches natatoires de cette espèce composent une masse ayant la forme d’un œuf allongé, coupé par le milieu, au sommet duquel s’élève une vésicule aérienne très-petite, portée par un col court. Dans cette masse, on compte une douzaine de séries verticales de cloches de cristal, emboîtées mutuellement par les bords et attachées symétriquement à un axe commun, tordu en spirale. Chacune d’elles présente une tache jaune. L’axe commun est un ruban rose garni dans toute sa longueur d’aspérités creuses. Les longs filaments capillaires qui en naissent sont onduleux, transparents et à peine visibles à l’œil nu; ils portent de petits corps oblongs, suspendus comme des boucles d’oreilles.