III

Il est des animaux analogues aux Holothuries qui méritent notre attention: ce sont les Synaptes.

SPICULES DES TENTACULES DE SYNAPTE.

Ces animaux sont dépourvus de pieds tentaculaires; leur peau est transparente et laisse voir leur intérieur. Le microscope montre dans leur tissu des spicules nombreux qui occupent une disposition particulière dans les tentacules.

Les Synaptes vivent dans le sable tourbeux; elles se nourrissent des matières organiques qu’elles y rencontrent.

L’une des espèces les plus curieuses est la Synapte de Duvernoy[86], découverte aux îles de Chausey par M. de Quatrefages.

Figurez-vous un cylindre de cristal, d’un rose tendre un peu lilas, ayant quelquefois jusqu’à cinquante centimètres de longueur, parcouru dans toute son étendue par cinq petites bandelettes de soie blanche opaque, et surmonté d’une fleur vivante à douze pétales étroits et pinnatifides, d’un blanc mat, garnis de petites ventouses qui se recourbent gracieusement en arrière. Au milieu de ces tissus dont la délicatesse semble défier les produits les plus raffinés de notre industrie, placez un intestin de la gaze la plus ténue, gorgé d’un bout à l’autre de corpuscules de granit dont l’œil distingue parfaitement les pointes vives et les arêtes tranchantes. Les parois du corps ont à peine un demi-millimètre d’épaisseur, et cependant on peut y compter sept couches plus ou moins distinctes, une peau, des muscles, des membranes..... L’animal est protégé par une espèce de mosaïque composée de petits boucliers calcaires, hérissés de doubles hameçons dont les pointes sont dentelées comme des flèches de Caraïbe. (Quatrefages.)

Lorsque l’on conserve pendant quelque temps les Synaptes vivantes dans un vase d’eau de mer, on les voit se morceler d’elles-mêmes. Il se forme un étranglement dans une partie du corps, et la séparation s’opère brusquement. On dirait que l’animal, sentant qu’il ne peut se nourrir tout entier, supprime successivement les parties dont l’entretien coûterait trop à l’ensemble, à peu près comme on chasse les bouches inutiles d’une ville assiégée. Singulier moyen de combattre la famine, et qu’il emploie jusqu’au dernier moment! Car, au bout de quelques jours, il ne reste souvent qu’un petit ballon sphérique couronné de tentacules. La Synapte, pour conserver la vie à sa tête, s’est à peu près retranché tout le corps! (Quatrefages.)