Les vagues les plus fortes heurtent les escarpements sous-marins et tendent à s’élancer en fusées; mais, arrêtés et déviés par les couches d’eau qui les couvrent, ces courants ascendants se changent en flots de fond, lesquels se meuvent avec une effrayante vitesse et déferlent contre la plage avec une puissance irrésistible. Pendant la tempête de 1822, dans la baie de Biscaye, les vagues, parties des rochers d’Arta, avaient jusqu’à 400 mètres d’amplitude, et par conséquent parcouraient 20 mètres par seconde. Elles marchaient donc deux fois plus vite qu’une locomotive faisant dix lieues à l’heure. (Quatrefages.)
D’après le colonel Emy, les flots de fond agissent par une profondeur de 130 mètres, et peuvent élever, au-dessus du niveau de la mer, des colonnes d’eau de plus de 50 mètres de hauteur, de 2 à 3000 mètres cubes de volume, et pesant de 2 à 3 millions de kilogrammes. Ces flots de fond jouent un rôle considérable dans la plupart des phénomènes de l’Océan. On les rencontre dans toutes les mers. Ce sont eux, et non les ondulations de la surface, qui poussent jusqu’au rivage les galets, les sables, les débris des coquillages et tous les objets submergés. Ce sont eux encore qui, sur les bancs sous-marins, produisent ces brisants si redoutés des matelots, qui rendent quelquefois impraticables, même par les temps les plus calmes, la passe de certaines baies. (Emy).
C’est par les flots de fond qu’on a expliqué le singulier phénomène qui a lieu à l’embouchure des grands fleuves, appelé la barre par les mariniers de la Seine, mascaret par ceux de la Dordogne, et pororoca par les riverains de l’Amazone.
A la terminaison de ce dernier fleuve, lors des grandes marées des pleines et des nouvelles lunes, la mer, au lieu d’employer six heures à monter, atteint sa plus grande hauteur en deux ou trois minutes. Un flot de 4 à 5 mètres d’élévation s’étend sur toute la largeur du fleuve. Il est bientôt suivi de deux ou trois autres semblables, et tous remontent le courant avec un bruit effroyable et une rapidité telle, qu’ils brisent tout ce qui résiste, déracinent les arbres, et emportent de vastes étendues de terrain. Le pororoca se fait sentir jusqu’à 200 lieues dans l’intérieur des terres. (Adalbert.)
Un autre terrible tourbillon de la mer a été désigné sous le nom de mäström ou mälström: c’est une espèce de trombe permanente et éternelle qui se fait remarquer dans les mers du Nord, entre Mosken et le cap sud de l’archipel de Lofoden, en Norvége. Lorsque les tempêtes de l’ouest poussent du large une mer houleuse, et que souffle une belle brise de terre, de grandes vagues, hautes comme des collines, accourent de tous les points de l’horizon, et se précipitent les unes sur les autres avec une fureur inouïe, pour disparaître comme englouties dans un abîme. Le mäström attire les vaisseaux à une grande distance, et dès qu’on sent l’influence de son courant, on est irrévocablement perdu. Il était très-redouté des anciens, qui le nommaient nombril de la mer[1].
Les tremblements de terre donnent quelquefois naissance à des vagues gigantesques. Le 23 décembre 1854, à neuf heures quarante-cinq minutes du matin, la frégate russe Diana, qui était à l’ancre dans la baie de Simoda, près de Yédo (Japon), ressentit les premières atteintes d’un tremblement de terre. Quelques minutes après, une vague immense pénétra dans la baie, le niveau de l’eau s’éleva subitement, et la ville parut engloutie. Une seconde vague suivit la première, et quand toutes deux se furent retirées, il ne restait plus une maison debout. La frégate elle-même, qui avait talonné plusieurs fois, finit par s’échouer sur le rivage. Or, le même jour, quelques heures plus tard, sur la côte de Californie, à plus de 8000 kilomètres du Japon, les échelles de marée conservèrent les marques de plusieurs vagues d’une hauteur excessive. Il est à croire que c’étaient les mêmes vagues qui avaient causé l’échouage de la Diana, lesquelles (on en a fait le calcul) devaient avoir une largeur de 412 kilomètres et une vitesse de 700 kilomètres à l’heure. (Maury.)
Il existe dans les mers trois grands courants, qui prennent naissance, l’un dans le grand Océan, l’autre dans l’océan Atlantique, et le troisième dans la mer des Indes. Ces courants sont des espèces de fleuves marins immenses, qui déterminent des différences très-notables dans la température de beaucoup de régions.
Le premier a reçu le nom de courant de Humboldt. Parti du pôle sud, il longe les côtes du Chili et du Pérou. Ce courant est froid.
Le courant de l’océan Atlantique atteint l’extrémité australe de l’Afrique, où il se partage en deux. La partie méridionale se détache de la côte et la contourne à distance. La branche nord suit la côte occidentale de l’Afrique, du sud au nord. Dans la région équatoriale, elle change de direction, traverse l’océan Atlantique dans sa plus grande largeur, de l’est à l’ouest, et remonte la côte du Brésil, où elle se partage en deux. Ce courant est appelé courant équinoxial. Le courant nord suit les côtes du Brésil, de la Guyane, entre dans la mer des Antilles, se dirige vers la baie de Honduras, traverse le golfe du Mexique, et prend alors le nom de Gulf-stream. Il sort par le canal de Bahama, et court, en s’élargissant et avec une grande rapidité, au nord-est. Sa vitesse est plus grande que celle du Mississippi ou de l’Amazone. On dit qu’il fait cinq milles à l’heure. Il n’existe pas sur la terre un cours d’eau plus majestueux. Le Gulf-stream se jette dans l’océan Arctique. Ses dernières branches vont se perdre sur les côtes occidentales du Spitzberg. Ce courant est chaud. En longeant adroitement, avec sa barque, le bord de ce fleuve marin, un matelot pourrait tremper en même temps l’une de ses mains dans l’eau chaude et l’autre dans l’eau froide.
On a vu le Gulf-stream amener jusque sur les côtes de l’Écosse les débris d’un vaisseau de guerre anglais, le Tilbury, qui fut détruit par un incendie dans le voisinage de la Jamaïque. (Schleiden.)