Le courant de la mer des Indes se dirige à l’est, et rencontre la côte occidentale de la Nouvelle-Hollande. Une partie de ses eaux longe le sud de ce continent, et retombe dans le courant circulaire du grand Océan. L’autre partie remonte au nord, suit l’équateur, de l’est à l’ouest, descend au sud, en passant entre l’Afrique et Madagascar, contourne la pointe sud de l’Afrique, et va se jeter dans le courant de l’océan Atlantique.
«L’eau, dans son mouvement, n’est pas seulement le principal, mais aussi le plus fort et le plus terrible des éléments.» (Pindare.)
VIII
La mer se congèle vers les pôles, et revêt alors un caractère tout particulier. Ce phénomène semble naître à mesure que la salure diminue et que le mouvement de rotation devient moins rapide. On rencontre déjà, vers le 40e degré de latitude, de gros morceaux de glace flottant sur la mer. Ces morceaux ont été détachés de quelque région plus septentrionale et entraînés par les courants qui vont du pôle à l’équateur. A 50°, il est assez ordinaire de voir les bords de la mer se couvrir de glace. A 60°, les golfes et les mers intérieures se gèlent souvent sur toute leur surface. A 70°, les glaçons flottants deviennent très-nombreux et très-gros. Ils forment quelquefois de véritables îles, lesquelles peuvent offrir jusqu’à une demi-lieue de diamètre. Enfin, vers le 80e degré, on trouve généralement des glaces fixes, c’est-à-dire accumulées, arrêtées et soudées.
Les glaces polaires sont teintes des couleurs les plus vives: on dirait des blocs de pierres précieuses. On y trouve l’éclat du diamant et les nuances éblouissantes du saphir et de l’émeraude. Ces amas d’eau solide forment tantôt de vastes champs, tantôt des montagnes élevées.
Les champs de glace composent souvent des bancs immenses. Ces champs sont quelquefois parfaitement unis, sans fissure, ni creux, ni monticules. Scoresby en a vu un flottant, sur lequel une voiture aurait pu parcourir trente-cinq lieues en ligne droite, sans le moindre empêchement. Cook en a trouvé un autre, étroit, qui joignait l’Asie à l’Amérique septentrionale.
Lorsque ces masses immenses viennent à se rencontrer, il en résulte des chocs épouvantables dont le fracas est semblable à celui du tonnerre.
ASPECT DES GLACES AU PÔLE.
Les montagnes de glace sont produites par les îles. Ces dernières, glissant les unes sur les autres, finissent par former des accumulations gigantesques qui s’élèvent jusqu’à 40 mètres. Ces masses flottantes, sans cesse minées par la mer, changent de figure, pour ainsi dire, à chaque instant. Elles se heurtent, se poussent, se brisent ou se soudent. Les montagnes de glace ont communément une surface carrée taillée à pic du côté de l’Océan. De loin, elles représentent de gigantesques découpures blanches qui entament la voûte bleue du ciel. Vues de près, elles offrent une surface unie ou hérissée de mamelons. On dirait des pyramides de cristal ou de diamant, des colonnes élancées, des aiguilles pointues, ou bien des édifices bizarres et majestueux, avec des arcades, des frontons, des chapiteaux. Mais bientôt ces pyramides se fendent et s’écroulent, une colonne s’affaisse et s’arrondit, une aiguille se transforme en escalier, un édifice se change en champignon..... Spectacle toujours imposant, où l’inconstance des formes rivalise avec leur variété, et la grandeur des blocs avec leur bizarrerie.