PHOLADE DANS LA PIERRE
(Pholas dactylus Linné).

Comment ces animaux parviennent-ils à creuser les matières les plus dures? Aldrovande croyait qu’ils naissaient dans le sein même de la roche, pendant qu’elle était encore molle. Réaumur pensait qu’ils y entraient à cette même époque. Mais comment naissaient-ils ou s’introduisaient-ils dans le bois? D’autres ont supposé que le courant d’eau déterminé par leur respiration entamait à la longue les solides, comme la goutte d’eau use le granit. Mais la loge d’une Pholade est creusée en quelques mois! Suivant quelques-uns, le pied et le bord du manteau, pénétrés de particules siliceuses, frottent le roc comme du papier de verre, et râpent peu à peu le calcaire ou le silex. Suivant d’autres, le Mollusque est pourvu d’un liquide dissolvant qui attaque la substance dans laquelle il veut entrer. Enfin, un grand nombre soutiennent que l’animal perfore par un mouvement rotatoire de sa coquille, laquelle agit comme une sorte de tarière. Ces deux dernières opinions paraissent les seules vraies. Les bivalves qui se logent dans les calcaires tendres y entrent, les uns à l’aide d’une sécrétion acide, les autres par un moyen mécanique. Les bivalves qui creusent le gneiss, le grès, le bois, se servent du moyen mécanique seulement (Caillaud). Tous ces Mollusques pénètrent de plus en plus profondément, et rendent leur demeure de plus en plus spacieuse à mesure qu’ils grossissent.

MODIOLES LITHOPHAGES DANS LE ROCHER.

La perforation des bivalves est en définitive un combat entre un corps dur et un corps mou, singulier combat dans lequel le corps mou a le dessus. Pourquoi triomphe-t-il? Parce que la vie domine et dominera toujours la matière. Le corps mou est animé, et le corps dur est inerte!

Il est des bivalves qui produisent une soie résistante, brune ou dorée, dont ils forment des câbles (byssus) qui les amarrent solidement aux rochers. Chez les Moules, le byssus est court et rude; chez les Pinnes, il est long et soyeux. On a essayé de filer et de tisser ce dernier. Les habitants de Tarente en font des gants et des bas. On en fabrique aussi des draps d’un brun fauve assez brillant, recherchés pour leur finesse et leur moelleux. On en a vu de très-beaux, à Paris, à l’exposition de l’an IX et à celle de 1855. M. J. Cloquet a offert, l’année dernière, à la Société zoologique d’acclimatation, une paire de mitaines faites de byssus de Pinne.

Chez quelques espèces, le byssus sert au Mollusque, non-seulement à s’attacher aux divers corps, mais encore à réunir ensemble de petites pierres, des morceaux de corail, des fragments de coquilles et d’autres matières solides, dont l’ensemble compose un manteau raboteux, dans lequel elles attendent leur proie, patiemment et à l’abri (Draparnaud). En construisant cette enveloppe, le Mollusque, par un artifice singulier, file et tisse la matière de son byssus, la tapisse intérieurement d’une couche plus fine et plus unie, et la renforce extérieurement avec les petits corps durs dont il vient d’être question, qu’il associe avec adresse et maçonne avec solidité. Son travail est donc en même temps, celui du tisserand, celui du tapissier et celui du maçon!

Ainsi vêtus d’un habillement calcaire ou d’un manteau feutré, enfoncés dans une roche ou attachés par un câble, les bivalves, animaux très-mous et très-délicats, peuvent vivre sans avaries et sans trouble, au milieu d’un élément toujours agité, quelquefois turbulent, souvent terrible!...

IV