Au-dessous du foie paraît le cœur (car les Huîtres ont un cœur), composé de deux cavités distinctes, une oreillette et un ventricule: la première presque carrée, à parois épaisses et d’un brun noir; la seconde en forme de petite poire, à parois minces et comme grise. Les deux angles antérieurs de l’oreillette reçoivent chacun un gros vaisseau, dans lequel s’ouvrent trois autres conduits formés par la réunion de plusieurs veines déliées. La pointe du ventricule donne naissance à un canal qui se sépare, à sa sortie, en trois branches divergentes: l’une qui se dirige vers la bouche et les tentacules; la seconde, qui se rend au foie; la troisième, qui fournit aux parties inférieures et postérieures du Mollusque.
Le cœur entoure étroitement, embrasse, si l’on veut, la partie terminale de l’intestin, le rectum; de telle sorte que celui-ci semble passer sans façon au milieu du noble organe, pour arriver plus vite à sa porte de sortie. Quand le cœur se contracte, il pousse le sang, mais il pousse aussi bien autre chose!... O bizarrerie des bizarreries!
Le sang est incolore. Il arrive vivifié dans la cavité de l’oreillette. Celle-ci se contracte et le verse dans le ventricule. Cette poche se contracte à son tour, le précipite dans le gros vaisseau qui en naît, et le répand dans tout le corps.
Les Huîtres respirent au sein de l’eau. La nature leur a donné des organes pour séparer de ce liquide la petite quantité d’air qui s’y trouve mêlée. C’est l’oxygène de cet air qui vivifie le sang et qui le renouvelle. Les parties respiratoires sont deux paires de feuillets, ou branchies, courbes comme des arcs, formés d’une double série de canaux très-fins et très-serrés, attachés transversalement et disposés avec beaucoup de symétrie: on dirait les dents d’un joli peigne. Ils sont cachés sous les bords libres du manteau. Ils naissent près des tentacules, et se terminent vers le milieu de la partie postérieure. Les externes sont plus courts que les internes.
Les Huîtres, étant sans tête, ne devaient pas offrir de cerveau. Il est remplacé par un petit corps blanchâtre, bilobé, situé près de la bouche. De ce corps naissent deux nerfs déliés qui embrassent le foie et l’estomac, et vont aboutir à un autre renflement, de même nature et de même forme, placé au-dessous de ces organes.
Le premier renflement fournit des nerfs à la bouche et aux tentacules; le second en donne aux feuillets de la respiration.
Les Huîtres n’ont point d’organes pour voir, ni pour entendre, ni pour flairer. Le toucher réside, chez elles, dans les quatre tentacules de la bouche. Le goût a son siége autour de ce dernier orifice, et peut-être à la surface interne des tentacules intérieurs. Il semble fort obscur.
Les Huîtres sont peut-être, de tous les coquillages, ceux dont les facultés paraissent le plus bornées. En les rendant à peu près immobiles dans leur station, en les emprisonnant à perpétuité dans leur coquille, et en leur refusant des sexes séparés, ainsi qu’on le verra plus loin, la Providence ne pouvait guère leur donner des besoins et des désirs bien nombreux, bien variés et surtout bien ardents; elle en fait des animaux presque apathiques, vivant et digérant dans une douce quiétude voisine de l’indifférence. Toutefois, comme ces Mollusques sont essentiellement sociaux et composent ordinairement des agglomérations extrêmement considérables, il ne serait pas impossible que, malgré leur faible intelligence, il n’y ait chez les Huîtres des sympathies et des répulsions..... nous n’osons pas dire des rivalités et des tracasseries!
GROUPE D’HUÎTRES.