Il n’existe, chez nos bivalves, qu’un appareil très-simple et très-imparfait pour la locomotion. Il ne faut pas s’étonner si ces coquillages demeurent à peu près toute leur vie sur le rocher où ils ont pris naissance. L’organe des mouvements est immédiatement au-dessous du cœur. C’est un corps charnu, épais, moitié grisâtre, moitié blanc, qui traverse le manteau des deux côtés et va s’attacher vers le milieu des valves. L’écaillère coupe en travers ce corps charnu, quand elle veut ouvrir une Huître et la dépouiller d’un battant. Nous incisons ce muscle une seconde fois, quand nous voulons manger le malheureux Mollusque.
C’est en contractant fortement le corps dont il s’agit, que l’Huître se tient hermétiquement enfermée dans son habitation. Lorsqu’elle relâche son muscle, un ligament élastique, placé à la charnière, agit sur les volets et les écarte l’un de l’autre. On assure qu’en ouvrant et en fermant plusieurs fois et brusquement ces deux battants, l’animal réussit à changer sa position, et parvient même à se traîner un peu sur son rocher; mais je n’ose y croire.
Voltaire écrivait en 1767: «Je suis toujours embarrassé de savoir comment les Huîtres font l’amour[100].»
Les Huîtres possèdent les deux sexes. Elles remplissent donc à la fois les rôles paternel et maternel. Ce qui paraîtra tout aussi singulier, c’est que les organes de la fécondité n’apparaissent, chez nos Mollusques, comme les fleurs dans les végétaux, qu’à l’époque déterminée où leur fonction doit s’accomplir. Passé ce temps, ils se flétrissent et disparaissent.
Les œufs sont logés entre les lobes du manteau et entre les feuillets respiratoires. Leur nombre est très-considérable. Suivant Baster, un seul individu peut en porter 100 000. Suivant Poli, il en produirait jusqu’à 1 million 200 000, et suivant Leuwenhoeck, jusqu’à 10 millions. D’après les naturalistes modernes, le nombre est d’environ 2 millions. Ce qui paraît très-raisonnable.
Ces œufs sont jaunâtres.
Ils éclosent dans le sein du Mollusque, qui met au monde ses petits en respirant.
Les jeunes Huîtres forment un nuage blanchâtre vivant, plus ou moins épais, qui trouble un moment la transparence du liquide, s’éloigne du foyer dont il émane, et que les mouvements de l’eau dispersent. (Coste.)
Ces larves sont pourvues d’un appareil transitoire de natation qui leur permet de se répandre au loin, et d’aller à la recherche d’un corps solide où elles puissent s’attacher. Cet appareil se compose d’une sorte de bourrelet sinueux, couvert de cils nombreux et serrés; il sort des valves et y rentre à volonté. Il est muni de muscles puissants destinés à le mouvoir (Davaine).
A l’aide de cet appareil, les jeunes Huîtres peuvent nager avec facilité. Quand elles ont quitté leur mère, elles flottent autour de celle-ci. On assure que dans les commencements, au moindre danger, elles se réfugient entre les valves maternelles.