Sur toutes nos côtes, des industriels se sont mis à l’œuvre. La marine a fourni ses navires et ses matelots, et des huîtrières artificielles ont surgi sur un grand nombre de points.
Les premières tentatives sérieuses ont été faites dans la baie de Saint-Brieuc, pendant les mois de mars et d’avril 1858, à la suite d’un rapport de M. Coste à Sa Majesté l’Empereur. On opéra, à de grandes profondeurs, une sorte de semis d’Huîtres près de pondre (environ 3 millions), autour et au-dessus desquelles furent déposés, comme collecteurs des nourrissons qu’elles allaient émettre, des fascines, des tuiles, des fragments de poteries, des valves de coquillages... Au bout de huit mois, on vérifia le degré de développement de l’huîtrière. La drague, promenée pendant quelques minutes, amena chaque fois plus de deux mille Huîtres comestibles; et trois fascines prises au hasard en contenaient près de 20 000 du diamètre de 3 à 5 centimètres. Deux de ces fascines, exposées à Binic et à Portrieux, ont excité pendant plusieurs jours l’étonnement de toutes les populations du littoral. Ces fascines ressemblaient à des branches très-rameuses dont chaque feuille était un coquillage vivant.
Des savants distingués, parmi lesquels on doit citer M. Van Beneden, professeur à Louvain, et M. Eschricht, professeur à Copenhague, envoyés par leurs gouvernements respectifs, sont venus étudier le procédé d’ostréiculture mis en usage dans nos mers, pour en faire l’application sur les côtes de la Belgique et du Danemark.
M. Coste a montré, de plus, que l’industrie huîtrière pouvait être fixée sur les terrains à marée basse. Par suite de ses conseils, le bassin d’Arcachon est aujourd’hui transformé en un vaste champ de production qui s’accroît chaque jour, et fait présager des récoltes très-abondantes.
Déjà cent douze capitalistes, associés à cent douze marins, y exploitent une surface de 400 hectares de terrains émergents. Pour donner l’exemple, l’État y a organisé deux fermes modèles, destinées à faire l’essai des divers appareils propres à fixer la semence et à favoriser la récolte.
Des toits collecteurs formés par des tuiles adossées ou imbriquées, des planchers mobiles, les uns servant de couvert à des fascines, les autres ayant une de leurs faces enduite d’une couche de mastic hérissée de Bucardes, y sont alignés sur des chemins d’exploitation, comme les maisons d’une rue. En dehors des appareils, de vastes surfaces de terrain ont été recouvertes de coquilles d’Huîtres et de Bucardes, afin de recevoir les très-jeunes individus non fixés. Ces divers corps étrangers sont tellement chargés de petites Huîtres, que sur une tuile on en a compté jusqu’à 1 000.
Ce genre d’éducation à marée basse permet de voir régulièrement l’état des coquillages, et de soigner l’huîtrière comme on soigne les fruits dans un espalier, si l’on veut permettre cette comparaison.
Dans le rapport (octobre 1865) de M. Chaumel, commandant le garde-pêche d’Arcachon, on trouve les chiffres suivants pour le parc de 4 hectares de Lahillon, établi sur une plage détestable.
Les frais du parc, tout garni, installé et entretenu, ont été de 28 500 francs, ainsi répartis:
Défrichement, 2 800 francs; achat d’outils, 200 francs; achat d’Huîtres, 20 000 francs; achat de ponton, 1 000 francs; gardiennage, 2 600 francs; corvées, 1500 francs; achat de tuiles, 400 francs.