La vie plaît à Dieu. C’est la plus belle, la plus brillante, la plus noble et la plus incompréhensible de ses manifestations.
On l’a dit il y a bien longtemps, la vie est partout, et le monde n’est rien que par la vie. Les êtres qui en jouissent la transmettent fidèlement à d’autres êtres, leurs enfants et leurs successeurs, qui en seront comme eux les dépositaires ou les usufruitiers. Le merveilleux héritage traverse ainsi les années et les siècles, sans être dénaturé ni amoindri, et le globe possède toujours la même quantité de vie qui lui a été si libéralement distribuée.
On sait ce que produit la vie, mais on ignore ce qu’elle est (Lamartine), et cette ignorance est peut-être l’aiguillon puissant qui excite notre curiosité et provoque nos études.
Au sein de toute chose animée, il se livre un combat incessant et muet, entre la vie, qui assimile, et la mort, qui désagrége. La première est d’abord la plus puissante, elle maîtrise la matière. Cependant son règne est limité; elle s’affaiblit graduellement avec l’âge, et finit par s’éteindre avec le temps: alors les lois physiques et chimiques reprennent le dessus et détruisent l’organisation. Mais les éléments de cette dernière, d’abord inertes, sont bientôt ressaisis et remis en œuvre par une nouvelle vie. Ainsi, chaque plante, chaque animal se lie avec le passé et se confond avec l’avenir; car toute génération qui surgit n’est que le corollaire de celle qui expire et le prélude d’une autre qui va naître. La vie est le séminaire de la mort. La mort est la nourrice de la vie.
II
La vie ne s’est pas manifestée sur le globe au moment même où il a été formé. Elle a paru tard; elle n’est venue qu’après les autres phénomènes naturels. Pour la recevoir, il fallait un sol convenablement préparé et un ensemble déterminé de conditions physiques et chimiques.
L’apparition et la diffusion des êtres vivants n’ont pas marché au hasard, elles ont suivi un ordre rigoureux. La connaissance des débris fossiles a jeté le plus grand jour sur ce développement régulier et progressif de l’organisation. L’évolution des êtres vivants a commencé par les plus rudimentaires. Les couches très-anciennes de la terre ne recèlent rien qui ait vécu; les traces des corps organisés n’existent que dans des terrains de formation relativement récente. Les végétaux se montrent les premiers, et, parmi ces végétaux, ce sont d’abord les plus inférieurs. Paraissent ensuite les animaux, et en première ligne ceux qui se rapprochent le plus du règne végétal, et qui appartiennent, par conséquent, aux tribus les moins parfaites. Ainsi, les combinaisons de la vie, d’abord simples, sont devenues de plus en plus compliquées, jusqu’au moment de la création de l’homme, cet admirable chef-d’œuvre de l’organisation.
Si l’on met au printemps, dans une soucoupe exposée à l’air et à la lumière, une certaine quantité d’eau pure, on voit bientôt se produire des nuages légèrement jaunâtres ou verdâtres. Ces nuages, examinés au microscope, présentent des milliers de végétaux agglomérés. Bientôt naissent des animalcules qui nagent au milieu de ces nuages vivants et se nourrissent de leur substance; puis se forment d’autres animalcules qui poursuivent et dévorent les premiers.
En résumé, la vie transforme la matière brute en matière organisée. Les végétaux apparaissent tout d’abord; puis viennent les animaux herbivores, puis les animaux carnassiers. La vie entretient la vie. La mort des uns alimente le développement des autres. Car tout s’enchaîne, tout s’entr’aide, tout se métamorphose dans le monde organisé comme dans le monde minéral, et il en résulte une harmonie générale toujours profonde, toujours la même et toujours digne de notre admiration. Dieu seul est permanent, tout le reste est transition.
III