Les eaux ont beaucoup plus d’habitants que les parties solides de la terre[2]. Sur une surface moins variée que celle des continents, la mer renferme dans son sein une exubérance de vie dont aucune autre région du globe ne pourrait donner l’idée (Humboldt).
La vie s’épanouit au nord comme au midi, à l’est comme à l’ouest. Partout les mers sont peuplées; partout, au sein de l’abîme, s’agitent et s’ébattent des créatures qui se correspondent et s’harmonisent; partout le naturaliste trouve à s’instruire et le philosophe à méditer; et ces changements mêmes ne font qu’imprimer davantage dans notre âme un sentiment de reconnaissance pour l’Auteur de l’univers. (J. Franklin.)
Oui, les rives de l’Océan et ses profondeurs, ses plaines et ses montagnes, ses vallées et ses précipices, même ses ruines, sont animés et embellis par d’innombrables êtres organisés. Ce sont d’abord des plantes solitaires ou sociales, dressées ou pendantes, étalées en prairies, groupées en oasis ou rassemblées en immenses forêts. Ces plantes protégent et nourrissent des millions d’animaux qui rampent, qui courent, qui nagent, qui volent, qui s’enfoncent dans le sable, s’attachent à des rochers, se logent dans des crevasses ou se construisent des abris; qui se recherchent ou se fuient, se poursuivent ou se battent, se caressent avec amour ou se dévorent sans pitié.
Charles Darwin remarque, avec raison, que nos forêts terrestres n’entretiennent pas, à beaucoup près, autant d’animaux que celles de la mer.
L’Océan, qui est pour l’homme l’élément de l’asphyxie et de la mort, est, pour des milliards d’animaux, un élément de vie et de santé. Il y a de la joie dans ses flots; il y a du bonheur sur ses rives; il y a du bleu partout!
IV
La mer influe sur ses nombreux habitants, végétaux ou animaux, par sa température, par sa densité, par sa salure, par son amertume, par l’agitation de ses flots et par la rapidité de ses courants.
On a vu, dans le chapitre qui précède, que les eaux marines ne se congèlent qu’à la surface, et qu’à 1000 mètres de profondeur, il existe une température permanente, la même sous toutes les latitudes. D’un autre côté, on a reconnu que l’effet des agitations les plus puissantes et celui des ouragans les plus forts s’étendent tout au plus à 25 mètres de profondeur (Bergmann). D’où il résulte que les végétaux et les animaux, en descendant plus ou moins, suivant le froid ou les mouvements qui les dérangent, peuvent toujours avoir un milieu qui leur convienne.
Les hôtes de la mer se distinguent par une mollesse particulière. Certaines plantes pélagiques ne présentent qu’une faible, une très-faible consistance; un grand nombre se transforment, par l’ébullition dans l’eau, en une sorte de gelée. Les animaux marins offrent une chair plus ou moins flasque; beaucoup semblent n’être composés que d’un mucilage diaphane. Le squelette des espèces les plus parfaites est plus ou moins flexible et plus ou moins cartilagineux; il ressemble rarement, quant au poids et à la consistance, aux os des vertébrés terrestres. Cependant les coquilles et les coraux sont remarquables par leur solidité pierreuse. Parmi les corps organisés marins, se trouvent donc à la fois, et les plus mous, et les plus durs!
La répartition des êtres organisés nourris par l’Océan est soumise à des lois fixes. On ne trouve pas, sur les côtes, les mêmes espèces qu’on rencontre éloignées des continents, ni à la surface celles qui se cachent dans les profondeurs.