«Quand l’œuf des Mollusques univalves vient d’être pondu, il contient un germe punctiforme à peu près microscopique[121]. Ce germe n’est autre chose, suivant les savants, que le vitellus, c’est-à-dire le jaune (il ne mérite pas ce dernier nom, attendu qu’il est gris). Tout autour se trouve une certaine quantité de blanc ou albumen, incolore et transparent. Au bout de quelques jours, le jaune se transforme en embryon. Celui-ci se met à tourner lentement sur lui-même; il fait la cabriole. Puis, il change de place et chemine le long de la paroi de son enveloppe protectrice, décrivant une ellipse. Ce double mouvement a été comparé avec raison à celui des corps planétaires. Il est produit par un certain nombre de cils vibratiles extrêmement petits, inégalement placés, qui revêtent l’animal dans les premiers temps de son existence. Ces cils absorbent l’air et la matière nutritive nécessaires au Mollusque; ils servent à sa respiration et à sa nutrition à une époque où les organes spéciaux de ces deux fonctions n’existent pas encore. Mais, pour remplir ces deux rôles, il est indispensable qu’ils s’agitent. En s’agitant, ils déterminent des courants réguliers, et, par suite, le double mouvement de rotation qui vient d’être décrit.

»Quand le Mollusque grossit, les cils s’oblitèrent et disparaissent peu à peu. Ce qui fait que les mouvements se ralentissent insensiblement. Au moment de la naissance, il n’existe de cils que sur l’appareil respiratoire, autour de cet appareil et sur les tentacules. De générales, leurs fonctions sont devenues locales.

»A l’époque où les mouvements rotatoires sont dans leur plus grande activité, l’embryon se développe et s’allonge, et, comme il est très-mou, il se tord forcément en tire-bouchon. L’animal, tournant sur lui-même un peu obliquement, sa torsion devait offrir le même caractère. Remarquez que le pied, la tête et la queue, c’est-à-dire les parties les plus fermes, ne sont jamais en spirale, tandis que le tortillon, qui offre toujours, même chez les individus adultes et chez les espèces les plus volumineuses, un tissu plus ou moins mou, se trouve l’organe contourné par excellence.

»La coquille, qui s’organise un peu plus tard, se moule sur l’embryon, et adopte la forme spirale qu’il a lui-même revêtue

Les coquilles spirales peuvent être considérées comme des tubes calcaires qui vont en s’élargissant du sommet à la base, et qui sont plus ou moins enroulés sur eux-mêmes, d’après différents modes.

L’axe réel ou idéal sur lequel le tube opère sa révolution a reçu le nom de columelle. Quand cette columelle est creuse, son ouverture inférieure s’appelle ombilic.

La spire des univalves tourne le plus souvent de droite à gauche; elle est dextre. Charles Bonnet en a fait la remarque il y a longtemps: «Il existe, dit-il, un plus grand nombre de coquilles dont les tours de spirale montent de droite à gauche que de celles dont les tours montent en sens contraire.»—Pourquoi cette direction dominante? (C’est encore une question de notre bachelier.)

«Le soleil tourne sur lui-même de droite à gauche. Il en est de même des mouvements de rotation et de translation de la terre, des autres planètes de ce monde, de la lune et des autres satellites..... La dextrosité est une loi de la nature!»

L’homme se sert plus habituellement de ses membres droits que de ses membres gauches. La déviation vertébrale des rachitiques est très-souvent tournée du côté droit! Nos escaliers, nos tire-bouchons, nos vis, nos serrures, les roues de nos charrettes, les aiguilles de nos cadrans, les ressorts de nos pendules, les fils de nos bobines..... sont généralement dextres comme nos Colimaçons!

Il existe cependant des coquilles spirales, à la vérité en petit nombre, qui tournent normalement de gauche à droite, c’est-à-dire qui sont sénestres. Elles n’avaient pas échappé à l’attention de Charles Bonnet: ce sont des exceptions.