Geoffroy répondait que l’unité de composition n’était, ni une parfaite identité, ni une simple analogie, mais quelque chose entre-deux; qu’elle s’appliquait aux connexions et non aux formes, aux ensembles et non aux détails; qu’elle s’attachait surtout aux éléments organiques, et présidait au plan général de l’organisme, et non à ses arrangements partiels.
Cuvier n’avait-il pas été forcé d’admettre quatre types distincts dans le règne animal? or, les animaux de chacun de ces types, tous les Vertébrés par exemple, offraient-ils entre eux des identités ou des analogies?
CUVIER.
A la vérité, le grand zoologiste déclarait que la nature a laissé entre ces divers plans des hiatus manifestes, et que les Céphalopodes, par exemple, diffèrent notablement de tous les autres animaux, et ne sont le passage de rien.
Dans ses belles Recherches sur les ossements fossiles, Cuvier, antiquaire d’une nouvelle espèce, n’avait-il pas abandonné plusieurs fois sa méthode rigoureuse d’analyse, et n’était-il pas arrivé hardiment, par la synthèse philosophique, à des résultats inattendus, féconds, admirables, qui plaidaient éloquemment en faveur de la doctrine de son illustre antagoniste?
III
Près d’un demi-siècle s’est écoulé depuis cette mémorable discussion. Les prédictions de Gœthe se sont réalisées.
«L’esprit, disait ce profond penseur, gouvernera la matière. On apercevra les grandes maximes de la création; on pénétrera dans l’atelier mystérieux de Dieu! Que sont d’ailleurs nos relations avec la nature, si nous nous occupons simplement des individualités matérielles, et si nous ne sentons pas le souffle primordial qui donne à chaque partie sa direction, et qui ordonne et sanctionne chaque déviation au moyen d’une loi inhérente?»