GŒTHE.

L’unité de composition et les lois secondaires qui en dérivent se sont introduites peu à peu dans les idées, dans les livres et dans l’enseignement; elles ont produit les résultats les plus féconds et préparé l’heureuse transformation de la science. La nouvelle doctrine n’est autre chose, comme le disait Geoffroy Saint-Hilaire lui-même, que la confirmation du principe de Leibnitz, qui définissait l’univers: L’unité dans la variété. L’histoire naturelle ainsi comprise est la première des philosophies (Villemain).

Les deux grands hommes qui ont exercé une influence si diverse sur les progrès modernes de la zoologie avaient travaillé ensemble dans leur jeunesse et publié plusieurs mémoires en commun; mais bientôt la divergence de leurs vues les conduisit à désunir leurs efforts.

Esprit positif, froid et mesuré, Cuvier appliquait principalement son génie à l’observation rigoureuse des faits et aux conséquences immédiates résultant de cette observation. Il proclamait la suprême autorité de l’analyse, et redoutait les conclusions prématurées de la synthèse. Il était finaliste exagéré, et par cela même partisan de l’invariabilité absolue des espèces; il ne s’attachait qu’à trouver des caractères distinctifs. Il n’admettait d’autres lois dans les organes que des lois de coexistence et d’harmonie. Enfin, il voyait dans les classifications l’idéal auquel doit tendre l’histoire naturelle, et, dans cet idéal une fois réalisé, la science tout entière.

Penseur enthousiaste et hardi, Geoffroy Saint-Hilaire donnait une très-grande importance aux rapprochements de la synthèse, et croyait que la science devait être désormais dirigée par le flambeau de la philosophie; il proclamait la variété limitée des espèces, sous l’influence des milieux ambiants; il admettait des harmonies acquises et non originelles, contingentes et non nécessaires; il embrassait tous les êtres organisés dans une même loi, et n’accordait aux classifications qu’une valeur très-secondaire.

En résumé, Cuvier défendait la doctrine des différences, et représentait l’école analytique; Geoffroy soutenait la doctrine des ressemblances, et personnifiait l’école synthétique. L’un était l’historien de la nature, l’autre voulait en être l’interprète!

CHAPITRE XXVII
LES ANNÉLIDES.

..... Tout ce grand mouvement,
Qu’on jette un peu de sable, il cesse en un moment.