(Delille.)
I
Voici un groupe d’animaux vermiformes confondus pendant longtemps avec les Vers, à cause de leur physionomie.
Au premier abord, vous allez croire qu’ils sont fort laids et peu intéressants.—Fi donc! des animaux qui ressemblent à des vers!
Mais, comme le dit Aristote, la nature ne renferme rien de bas, ni de méprisable. Tout y est sublime, tout y est digne de notre admiration. Vous le verrez bientôt. Les Annélides sont peut-être, parmi les bêtes de la mer, celles qui présentent les formes les plus gracieuses, les appendices les plus élégants et les couleurs les plus brillantes[145].
Cuvier, un des premiers, étudia ces animaux d’une manière sérieuse. Il les désigna sous le nom de Vers à sang rouge, parce qu’il avait remarqué dans beaucoup d’entre eux le fluide sanguin d’une teinte plus ou moins semblable à celle qu’il présente chez les animaux supérieurs. Mais, depuis l’illustre zoologiste, on a reconnu dans ces groupes des espèces à sang jaune, et d’autres à sang violet, à sang bleuâtre, et même à sang vert. Il y en a aussi dont le sang est sans couleur.
Lamarck a proposé, pour ces animaux, le nom d’Annélides (pourquoi pas Annelides? disait Constant Duméril), aujourd’hui généralement adopté. Ce nom est tiré de la structure particulière du corps, formé comme d’une suite d’anneaux. Ces anneaux sont au nombre de vingt, de trente, de soixante, de quatre-vingts..... Dans l’Eunice sanguine[146], il y en a au moins trois cents. Dans la Phyllodoce lamelleuse[147], on en compte jusqu’à neuf cents (l’animal offre à peine 8 décimètres de longueur).
Ces anneaux sont des rides minces ou épaisses, aplaties ou saillantes, séparées par des étranglements. Chacun ressemble à celui qui le précède et à celui qui le suit. Ceux de la tête, ou partie céphalique, et ceux de la queue, sont ordinairement un peu modifiés.
Les zoologistes ont donné aux Annélides les désignations les plus euphoniques, empruntées à la mythologie: Amphitrite, Aphrodite, Polynoé, Euphrosine, Alciope, Néréis..... Il y a quelque chose de merveilleusement doux dans cette étude de la nature, qui attache un nom à tous les êtres, une pensée à tous les noms, une affection et des souvenirs à toutes les pensées. (Nodier.)
Le corps des Annélides est nu, ou bien protégé par un vêtement solide.