Les espèces nues sont celles qui ressemblent le plus à des Vers ou à des larves. Quelques-unes se creusent, dans la terre ou dans la vase, des galeries étroites, dans lesquelles elles se logent. D’autres s’établissent par centaines, par milliers, dans des mottes de sable, qui ressemblent alors à des gâteaux de ruche à miel.

Les espèces à vêtement solide possèdent un étui calcaire épais, droit ou flexueux, dans lequel elles peuvent se retirer entièrement, comme dans une coquille.

Cuvier fait remarquer que les Annélides nues ont les organes respiratoires sur la partie moyenne du corps, le long des côtés, et que les Annélides à vêtement solide offrent ces mêmes organes attachés à la tête ou à la partie antérieure. Ce grand naturaliste nomme les premières Dorsibranches, et les secondes Tubicoles[148].

Le corps des Annélides est plus ou moins cylindrique, souvent déprimé. Il s’amincit en avant et en arrière. Il est susceptible de contraction et d’extension.

Ces animaux ont des yeux en nombre variable: chez plusieurs, on en compte jusqu’à soixante. M. Ehrenberg a fait connaître une curieuse espèce qui en porte deux à la tête et deux à la queue. Deux yeux à la queue! On en a décrit une autre, véritable petit Argus, qui a plusieurs yeux sur la tête, deux sur chaque anneau du corps et quatre sur la queue. Quelle richesse d’organes visuels!

Fourier n’a donc rien imaginé! L’idée d’un œil au bout d’une queue est, en définitive, une assez pauvre idée. Voyez la nature! Elle en a mis deux dans une bête, et quatre dans une autre!

Plusieurs Annélides possèdent le long du corps deux ou plusieurs rangées de soies courtes ou allongées, molles ou roides. D’autres sont entourées de mille petits filaments gracieusement mobiles, qui deviennent, suivant le besoin, des mains, des pieds ou des nageoires.....

Les Cirratules offrent de longs appendices capillaires qui s’agitent de toutes parts autour d’elles, et qu’elles étendent au loin comme autant de cordages animés. Ce sont à la fois des bras et des branchies, et le sang qui les remplit et les abandonne tour à tour, leur communique une belle teinte d’un rouge cramoisi, ou laisse après lui une couleur d’un jaune d’ambre. Voyez comme elles allongent leur mufle pointu, surmonté d’un double œil en fer à cheval, comme elles se ramassent pour échapper à l’éclat inaccoutumé de la lumière qui les frappe! Les voilà qui forment un peloton plus inextricable cent fois que le nœud tranché par Alexandre. Mais, ici, le câble est vivant; les replis glissent les uns dans les autres, se dénouant et se renouant sans cesse, et toujours renvoyant à votre œil de lumineux reflets. (Quatrefages.)

Les Annélides sont des animaux très-timides, un rien les effraye. Cependant elles sont destinées à vivre de rapine. Les unes se tiennent en embuscade, et attendent au passage les pauvres petites bêtes imprudentes qui s’aventurent dans leurs eaux, les enlacent avec leurs bras ou les saisissent avec leur trompe. Les autres perforent les coquilles les plus dures et dévorent les Mollusques les mieux abrités.