L’Aphrodite est timide et paresseuse. Elle se remue à peine, au moins pendant le jour; elle reste habituellement dans la même position, blottie sous une pierre ou sous quelque coquille. L’extrémité postérieure de son corps est recourbée, et il sort constamment de l’orifice qui s’y trouve un courant d’eau si rapide, qu’il détermine tout autour un petit tourbillon.
Cependant ces Annélides peuvent nager avec facilité. Elles sortent ordinairement la nuit pour aller chercher leur proie. Elles sont très-voraces et n’épargnent même pas leur propre espèce.
M. Rymer Jones rapporte que deux individus, de taille inégale et probablement d’âge différent, avaient été mis dans un aquarium. Après avoir vécu en paix pendant deux ou trois jours, le plus grand essaya de manger son compagnon. Il en avait déjà introduit la moitié dans sa grande et robuste trompe œsophagienne. La victime faisait des efforts désespérés pour se dégager. L’agresseur, après l’avoir retenue pendant quelque temps, fut enfin obligé de rendre gorge. Mais le malheureux patient avait eu, dans le combat, quelques écailles arrachées et les reins cassés. Le lendemain, il n’en restait plus que la moitié, l’autre avait été dévorée. Le vainqueur dardait çà et là sa trompe affamée, pour saisir le reste de la pauvre bête qui gisait immobile dans un coin de l’aquarium.....
III
Les Annélides dorsibranches sont errantes; les tubicoles sont sédentaires.
Celles-ci se font remarquer surtout par l’élégance de leurs organes respiratoires, disposés en aigrettes, en couronnes, en éventails ou en panaches.....
L’entrée de leur habitation est ordinairement petite. C’est cependant la seule issue par laquelle nos recluses peuvent jeter un regard sur le monde de la mer, battre l’eau avec leurs branchies, et pourvoir à leurs besoins.
Parmi ces Annélides, citons d’abord les Hermelles[152].
Il en existe une dans les eaux de la Méditerranée, longue de 5 centimètres, et logée dans un étui de sable. Elle montre de temps en temps sa tête bifurquée, portant une double couronne de soies fortes, aiguës et dentelées, d’un beau jaune d’or. Ces couronnes forment les deux battants d’une porte solide. Ce sont de véritables herses qui ferment hermétiquement l’entrée de l’habitation, lorsque l’Annélide effrayée disparaît comme un éclair dans sa maison de terre.
La moindre brise qui agite le liquide, ou qui fait rider la face de l’eau, suffit pour déterminer le timide animal à se blottir dans sa fortification.