Des bords de la fente céphalique sortent, au nombre de cinquante à soixante, des filaments déliés, d’un violet tendre, sans cesse agités comme de petits Serpents. Ces espèces de bras s’allongent ou se raccourcissent alternativement, saisissent la proie au passage et l’amènent dans la bouche. Ce sont eux encore qui ont ramassé un à un, et mis en place, les grains de quartz ou de calcaire qui entrent dans la composition du logement tubulé. Ces grains solides sont reliés ensemble par une sorte de mucosité qui joue le rôle de mortier hydraulique.
Sur les côtés du corps, on aperçoit des mamelons d’où sortent des faisceaux de lances aiguës et tranchantes, ou de larges éventails dentelés comme des scies en demi-cercle. Ce sont là les pieds de l’Hermelle. Enfin, sur le dos se trouvent des cirres recourbés en forme de faux, et dont la couleur varie du rouge sombre au vert-pré. (Quatrefages.)
Lorsqu’on drague sur les côtes de la mer, dans une eau profonde, on ramène souvent de vieilles coquilles et des tessons de poterie auxquels sont attachées des masses de tubes calcaires, d’un blanc sale, allongés, vermiculés, contournés, entrelacés en tous sens. Ces tubes sont les demeures des Serpules[153], petits habitants de l’eau salée, dont la brillante parure contraste singulièrement avec la modeste cellule. Ces Annélides vivent dans leur étui comme les Teignes dans leur fourreau. La coupe de cet étui est tantôt ronde, tantôt anguleuse, suivant les espèces. (Cuvier.)
Pour bien voir les Serpules dans un aquarium, il faut user de grandes précautions; car le moindre mouvement suffit pour les faire rentrer dans leur tube.
On aperçoit d’abord à l’ouverture une espèce de bouton écarlate, en forme de cône renversé, porté par une longue tige flexible: c’est un tentacule destiné à fermer l’entrée du tuyau, quand l’animal s’y retire tout à fait. Que dites-vous d’une massue servant de porte cochère? L’Annélide possède un autre tentacule à l’état de rudiment. Le bouton est richement nuancé de vermillon et d’orange parfois strié de blanc pur. Son extrémité aplatie est divisée par des sillons qui rayonnent du centre à la circonférence, où ils sont armés de dents microscopiques.
Dans quelques espèces, cette sorte d’opercule se trouve tout à fait plat. Sa surface est tantôt lisse, tantôt hérissée de pointes. Dans la Serpule géante[154], on y remarque deux petites cornes rameuses comme des bois de cerf. Dans la Serpule étoilée[155], l’opercule est formé de trois plaques enfilées; ce qui fait que l’animal ferme sa maison avec trois portes successives.
Quand l’Annélide sort de son fourreau, elle épanouit peu à peu un splendide panache disposé en entonnoir. Ce panache est composé de filaments d’un beau rouge ou d’un bleu clair, ou variés de jaune et de violet. Il paraît toujours en mouvement, mais le mouvement est doux et onduleux. Il est tapissé de petits cils vibratiles. Dans plusieurs espèces, l’appareil se roule en spirale au moment où il s’enferme dans le tube.
A proprement parler, les Serpules n’ont pas de tête distincte. La partie antérieure de leur corps représente une sorte de manteau, au-dessous duquel s’ouvre l’estomac. Leur poitrine est composée de sept segments qui offrent chacun, sur les côtés, une paire de pieds en forme de tubercules, traversés au sommet par un faisceau de soies fines, élastiques et dures qui peuvent sortir de l’organe ou y rentrer à volonté. On compte, par pinceau, vingt à trente de ces poils, lesquels, au microscope, offrent l’apparence d’un tuyau jaune, transparent et de consistance cornée, se dilatant à son extrémité en nœud armé de quatre pointes. Trois de ces pointes sont ténues; la quatrième se prolonge en lame acérée, très-élastique. Lorsque l’animal veut sortir, il pousse au dehors des pieds les pinceaux du premier segment, dont les pointes pénètrent dans la fine membrane qui tapisse l’intérieur du tube et leur fournit un point d’appui. Les segments postérieurs se contractent, les pinceaux de la dernière paire de pieds s’épanouissent à leur tour et s’arc-boutent de la même manière, tandis que ceux de la première paire rentrent dans le fourreau et permettent au corps de s’allonger. S’agit-il de revenir sur ses pas, la nature y a pourvu par un appareil préhenseur encore plus délicat. Chaque pied est pourvu sur le dos d’une ligne jaunâtre, perpendiculaire à l’axe du corps, ligne imperceptible à l’œil nu, mais qui, sous un grossissement de 300 diamètres, présente l’aspect d’un ruban musculaire érectile, garni sur toute sa longueur de plaques triangulaires parallèles, découpées en sept dents, dont six se recourbent dans un sens, et dont la septième se dirige en sens opposé, en faisant face aux autres. Il existe cent trente-six plaques par ruban; et, comme il y a autant de rubans que de pieds, c’est-à-dire quatorze, on peut évaluer à dix-neuf cents le nombre total de ces petites pièces préhensiles, toutes mues par un muscle distinct. Chaque plaque étant armée de sept dents, l’Annélide dispose donc de treize mille trois cents crochets susceptibles de s’implanter à volonté dans la membrane de son tube. Il n’est pas étonnant qu’avec tant de muscles faisant agir ces myriades de griffes, elle puisse s’enfermer et se cacher avec une telle rapidité. Quel merveilleux appareil moteur prodigué à un si misérable ver! (Gosse.)
En réalité, tous les mouvements des Serpules se réduisent à élever la partie antérieure ou supérieure de leur corps à une petite distance au-dessus de leur résidence calcaire. L’animal, ainsi qu’on vient de le voir, grimpe dans son tuyau, à l’aide de ses crochets, comme un petit ramoneur dans une cheminée. (Rymer Jones.)