Une autre Annélide, pourvue de même d’un vêtement calcaire, mais de taille extrêmement petite, habite sur les fucus et les autres hydrophytes, sur les coquillages et sur les rochers. Celle-ci a été nommée Spirorbe nautiloïde[156]. Elle sécrète un tuyau plus régulier que celui de la Serpule, enroulé sur lui-même comme la coquille de plusieurs mollusques fluviatiles désignés sous le nom de Planorbes. Cette jolie petite bête est grosse comme une tête d’épingle; elle adhère fortement aux corps solides par l’un des côtés plats de sa coquille. Elle fait sortir de temps en temps une couronne de six tentacules plumeux et frémissants, au milieu desquels s’ouvre sa bouche. Elle épanouit sa couronne et la tourne dans tous les sens avec une harmonie et une grâce parfaites.
Ce pauvre animal est sans tête, sans yeux et même sans mâchoire. Il ferme hermétiquement sa maisonnette avec un septième tentacule terminé par une massue, à peu près comme celui de la Serpule.
Les Térébelles[157] sont aussi des Annélides tubicoles. Elles se font distinguer par leurs nombreux appendices filiformes, susceptibles d’une grande extension, placés autour de la bouche, et par leurs trois paires d’organes respiratoires en forme d’arbuscules et non pas en éventail.
Les tentacules de ces Annélides ressemblent, au premier abord, à des fils charnus, cylindriques, d’une extrême flexibilité. Mais en y regardant plus attentivement, on reconnaît qu’ils sont aplatis et rubanés, et qu’ils offrent une rainure longitudinale pouvant se transformer en pli et saisir alors les corps étrangers qui sont à leur portée.
Dans une espèce, la rainure dont il s’agit est bordée, de chaque côté, par une série de denticules.
Les organes respiratoires des Térébelles sont fort beaux. Ils offrent, dans leurs divisions, une grande profusion d’angles, de courbures et de pointes. Leurs couleurs sont très-variées et très-brillantes.
Le tube protecteur de ces animaux est composé de vase, d’argile, de grains de sable et de fragments de coquilles agglutinés. Il a une forme cylindrique. On remarque, à son orifice, des bords prolongés en petites branches de même nature, qui servent à loger les tentacules.
Si l’on met dans un aquarium une Térébelle privée de son fourreau, on verra l’Annélide étendre ses fils tentaculaires, balayer le sable, et l’accumuler dans un coin pour en construire une nouvelle habitation. Le petit architecte développe une grande activité dans la mise en œuvre de ces matériaux. Quand le tube est en partie formé, il s’y enferme et y demeure caché tout le long du jour. Vers midi, l’animal manifeste une certaine inquiétude, laquelle augmente au fur et à mesure que le soir approche. Aussitôt que le soleil est couché, les tentacules sortent de la maisonnette, et se mettent à l’ouvrage. Chacun saisit un grain de sable et le transporte au sommet du tube commencé. Quand un de ces bras, maladroit ou fatigué, laisse échapper sa petite charge, il la cherche jusqu’à ce qu’il l’ait trouvée, et ne l’abandonne plus jusqu’à ce qu’il l’ait portée à sa destination.
Dans certaines espèces, les tentacules semblent s’être divisé le travail: les uns sont occupés au choix des matériaux, les autres au transport; certains les alignent et les agglutinent; quelques-uns ramassent soigneusement les débris qui tombent du chantier.