TÉRÉBELLE COQUILLIÈRE
(Terebella conchilega Gmelin).
Le travail de construction se continue pendant plusieurs heures, sans relâche, par un véritable procédé de fourmi; il semble marcher avec lenteur. Cependant, le lendemain, on est étonné des progrès qu’a faits le petit édifice. Durant la nuit la tour s’est allongée, et, au milieu des parois nues, on aperçoit maintenant des particules de sable régulièrement et solidement unies ensemble, qui en constituent le revêtement extérieur. L’architecte, satisfait, se repose alors de ses travaux et au milieu de ses travaux. Mais ce repos ne dure que jusqu’au soir. (Rymer Jones.)
L’intérieur du tube est tapissé d’une mince couche de matière semblable à de la soie, laquelle réunit et fortifie les éléments de la maçonnerie, et décore en même temps d’une jolie tenture les murs de la chambrette. Cette matière provient d’une humeur gluante sécrétée par la peau de l’Annélide, humeur précieuse qui sert à la fois de ciment et d’ornement.
Quand on arrache brusquement une Térébelle de son tube, on la blesse quelquefois; on entame ses anneaux ou l’on mutile ses tentacules. L’animal paraît peu affecté de ces accidents. Un bras de moins n’est pas un grand malheur pour notre infatigable architecte. Il recommence une nouvelle maison, comme s’il ne lui était rien arrivé!
La Térébelle tisserand[158] ne se borne pas à construire une maisonnette tubuleuse avec du sable et de la vase; elle fabrique aussi une sorte de toile d’araignée, une manière de filet pour entourer ses œufs. Cette toile est très-mince, un peu irrégulière, et composée de fils si fins et si transparents, qu’ils sont presque invisibles. C’est un travail fort compliqué, où se trouvent au moins cinquante fils de la longueur du petit tisserand.
M. de Quatrefages a désigné sous le nom de Térébelle Emmaline[159] une nouvelle espèce ravissante, dont il a bien voulu nous communiquer un dessin.
Le corps de cette espèce est allongé, déprimé et comme rubané; il s’amincit fortement en arrière. En dessus, il offre une belle teinte bleu d’azur, qui passe bientôt au vert gai, puis au lilas clair, et enfin au jaune d’ocre. Le dessous est plus ou moins doré. Les articulations, à peine sensibles à la partie antérieure, deviennent de plus en plus marquées dans la région caudale. On prendrait cette dernière pour un rameau de Salicorne. Ses bords sont garnis d’une rangée de petits pieds en forme de mamelons; les quinze premières paires pourpres et terminées par un pinceau de poils ou de crochets; les autres, jaunâtres et sans armure.
Les six branchies forment en avant et en dessus, à gauche et à droite, deux rangées latérales de panaches d’un beau rouge vermillon, semblables à des arbustes de Corail en miniature. La paire antérieure est la plus grande; la postérieure, la plus petite.
Sur le front naissent de soixante à quatre-vingts tentacules ou cirres trois fois au moins plus longs que l’Annélide, presque aussi minces que des fils d’araignée, demi-transparents et jaunâtres. Les uns sont droits, les autres flexueux, quelques-uns tordus en spirale. Tous creusés d’un canal central, en communication avec la cavité abdominale.
Ils divergent, et forment autour de la Térébelle un appareil capillaire de la plus grande délicatesse. Ce n’est pas un réseau, car tous les cirres sont distincts. C’est presque un nuage, tant ils sont légers et diaphanes! C’est une sorte de soleil filamenteux et contractile qui rappelle l’aigrette soyeuse et tremblante qui couronne les fruits de certaines composées. Ces tentacules servent en même temps à la préhension des aliments et à la locomotion de l’Annélide. Ce sont encore, malgré leur ténuité, des organes d’attaque et de défense; car leur surface est garnie de vésicules urticantes en forme de petites bouteilles à col court, dont l’orifice laisse passer un dard microscopique très-pointu, traversé probablement par un canal qui communique avec une glande venimeuse placée au fond de la bouteille.